Au Gabon, plus de 6 entreprises sur 10 opèrent hors du circuit bancaire formel. Créée il y a moins de deux ans pour participer à la diversification du pays, la Banque pour le commerce et l'entrepreneuriat multiplie les dispositifs pour faire évoluer cette statistique.
L'accès au financement reste un des principaux freins au développement des petites et moyennes entreprises (PME) gabonaises. Pour y répondre, la Banque pour le Commerce et l'Entrepreneuriat du Gabon (BCEG), l'établissement de microfinance Épargne & Développement du Gabon (EDG) et le producteur de pétrole Assala, ont annoncé la mise en place d’un fonds de garantie. Officialisée le mardi 19 mai, cette initiative cible les TPE (très petites entreprises), les PME et les entrepreneurs individuels dans plusieurs localités de la province de l'Ogooué-Maritime.
Aider les PME que le secteur bancaire classique n'adresse pas
Créée en 2024 par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, la BCEG est une banque 100% gabonaise dont la mission centrale est de financer les petites entreprises et les entrepreneurs que le système bancaire classique ne sert pas. C'est la première fois qu'elle s'associe à Assala Gabon, producteur de pétrole nationalisé en juin 2024 par l'État. Ce rapprochement s’inscrit dans les efforts de diversification d’une économie nationale où les hydrocarbures représentent environ 40 % du PIB.
Le problème auquel le fonds de garantie commun s'attaque pèse en effet sur la diversification économique du pays. Sur les 66 662 entreprises identifiées lors du Recensement général des entreprises en 2021-2022, 95,7% sont des microentreprises et près de 63% opèrent dans l'économie informelle. La Banque africaine de développement (BAD) identifie, dans son rapport pays 2025, trois obstacles structurels à leur développement, à savoir le coût élevé du crédit, l'absence de garanties suffisantes et la faiblesse des projets bancables.
Ce sont précisément ces noeuds que le fonds cherche à desserrer, en substituant une garantie collective à l'apport personnel que ces entrepreneurs ne peuvent généralement pas mobiliser.
Des conditions conçues pour les exclus du crédit
La taille du fonds de garantie est fixée à 200 millions FCFA (environ 305 000 euros). Le mécanisme prévoit des prêts individuels allant jusqu'à 10 millions FCFA (environ 15 300 euros), remboursables sur 12 à 24 mois, avec une période de grâce de trois mois. Le taux d'intérêt fixé à 6% se situe nettement en dessous des niveaux habituellement pratiqués dans la zone CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l'Afrique Centrale).
Un volet numérique permettra aux bénéficiaires de s'inscrire et de suivre leur dossier en ligne, pour limiter les délais et les frictions administratives que les petits porteurs de projets peinent le plus à absorber. Les partenaires ont également précisé leurs priorités sectorielles. Selon EDG, le programme vise à accompagner au minimum 40 entrepreneurs dans des activités génératrices de revenus hors des secteurs pétrolier et forestier.
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Le choix d'Assala Gabon comme co-financeur dans ce cadre n'est pas anodin. La compagnie opère dans la ville de Gamba un réseau de 8 champs pétroliers et d'infrastructures d'exportation, et son implication dans le financement de l'entrepreneuriat dans la province répond aux exigences de contenu local attachées à ses permis d'exploitation.
Une banque qui monte en puissance
Le fonds est aussi la dernière illustration d'une stratégie que la BCEG construit méthodiquement depuis son démarrage fin 2024. En mars dernier, elle a monté avec le ministère de l'Agriculture un fonds de 6,8 milliards FCFA (environ 10,4 millions d’euros) pour des projets agricoles et avicoles. Au cours de sa première année d’exercice complète 2025, près de 200 entrepreneurs ont bénéficié d'un programme de formation prévu pour les PME.
Avec le fonds de garantie monté aux côtés d’EDG et d’Assala Gabon, la banque expérimente cette fois un modèle plus territorialisé, adossé à un acteur industriel présent dans la province. Pour Assala Gabon, l’opération permet d’associer une partie de la rente pétrolière locale au financement d’activités économiques de proximité, dans une zone où l’économie reste fortement liée aux hydrocarbures.
Reste à voir si le mécanisme produira un effet durable au-delà de l’annonce. Le montant de 200 millions FCFA limite mécaniquement le nombre de bénéficiaires potentiels, si les prêts atteignent le plafond prévu de 10 millions FCFA. L’enjeu n’est cependant pas tant le volume initial de ce fonds que sa capacité à devenir un modèle reproductible pour le développement des PME sur l’ensemble du territoire gabonais, alors que la BCEG ambitionne de couvrir les 9 provinces du pays d’ici 2027.