En quête de nouveaux horizons pétroliers, BP se tourne vers l’offshore gabonais
Muriel Edjo, Agence Ecofin

Signature officielle du protocole d’accord entre le Gabon et BP
@Facebook ministère du Pétrole et du Gaz du Gabon
Muriel Edjo, Agence Ecofin

Signature officielle du protocole d’accord entre le Gabon et BP
@Facebook ministère du Pétrole et du Gaz du Gabon
L’Etat gabonais a signé un protocole d’accord avec la compagnie énergétique britannique BP, le 29 octobre 2025. Il porte sur l’exploration pétrolière en offshore profond et ultra-profond, c’est-à-dire en mer à de grandes profondeurs. Cette signature cadre avec les ambitions du gouvernement de stimuler sa production et ses ressources financières. Bien qu’un protocole d’accord ne constitue pas une décision d’investissement contraignante, il traduit néanmoins l’intérêt du britannique pour les ressources pétrolières gabonaises dans un contexte d’augmentation de la demande mondiale en pétrole.
Ariel Flores, vice-président principal Subsurface chez BP, affirme d’ailleurs dans un entretien publié en juin dernier sur le site de l’entreprise que « Nous vivons une période inédite, où la demande pour tous les types d’énergie est nécessaire partout dans le monde. Cela représente une formidable opportunité pour une entreprise énergétique véritablement intégrée comme BP […] nous prévoyons désormais de développer nos activités en amont et d'accroître la valeur de notre portefeuille mondial ». En février, BP avait augmenté d'environ 20 % ses investissements annuels prévus dans le pétrole et le gaz, les faisant passer d'environ 8,5 milliards $ à environ 10 milliards $ par an jusqu'en 2027. L’objectif : développer les ressources déjà découvertes et intensifier l’exploration.
BP indique aussi que cela lui permettra de lancer davantage de projets d'envergure – 10 d'ici 2027 et 8 à 10 autres d'ici la fin de la décennie – soit une augmentation de 25 % par rapport à ses plans initiaux. La production visée atteindrait ainsi 2,3 à 2,5 millions de barils par jour en 2030, contre 2,2 millions dans le précédent plan. Ce recentrage sur les hydrocarbures s’accompagne d’une contraction du budget consacré à la transition énergétique, dans un environnement politique redevenu favorable avec la seconde administration Trump, et sous la pression des investisseurs. Une « refonte stratégique fondamentale » pour l’ancienne Anglo-Persian Oil Company qui s’était lancée dès les années 2010 dans des investissements significatifs dans les renouvelables, visant à construire un portefeuille de plus de 20 GW d’ici 2025 soit 20 fois plus qu’en 2019.
Pour le Gabon, deux facteurs expliquent la multiplication des actions dans son secteur pétrolier. Premièrement, la réalité des gisements matures : la production gabonaise tourne autour de 200 000 à 225 000 barils par jour ces derniers mois, loin du pic enregistré à la fin des années 1990, ce qui pousse les autorités à rechercher de nouvelles découvertes en eaux très profondes. Deuxièmement, l’opportunité géologique. Selon la Chambre africaine de l'énergie (AEC), jusqu’à 72% du domaine offshore profond gabonais resterait inexploré, faisant du pays une nouvelle frontière d’exploration potentielle en Afrique centrale. Selon les données de l’Oil & Gas journal, relayées en 2020 par le Département de l’Energie des Etats-Unis (EIA), le Gabon dispose de 2 milliards de barils de réserves prouvées de pétrole brut.
Pour Libreville qui a annoncé la scission prochaine de la loi sur les hydrocarbures en deux codes distincts, notamment pour le pétrole et le gaz, l’objectif est clair : attirer des investisseurs, développer des alternatives face au déclin des champs matures, et accroître les recettes publiques, tout en développant l’emploi local. L’économie gabonaise reste peu diversifiée et fortement dépendante du pétrole. Bien que le gouvernement affiche une ambition de diversification, le pétrole demeure un des piliers de l’économie nationale. En 2023, il représentait encore 25,3 % du Produit intérieur brut (PIB), 70 % des exportations et 50 % des recettes publiques.
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Le défi consiste désormais à convertir l’intérêt des investisseurs en projets bancables, avec des retombées locales tangibles (formation, sous-traitance, fiscalité) et dans un cadre de gouvernance perçu comme stable.
Muriel Edjo, Agence Ecofin