En RDC, la fin annoncée du roi dollar soutient l'ambition d'une économie cashless

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

En 2022, les billets en franc congolais en circulation ne représentaient que l’équivalent de 1,9 milliard de dollars.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

En 2022, les billets en franc congolais en circulation ne représentaient que l’équivalent de 1,9 milliard de dollars.
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En RDC, le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC) André Wameso a décidé de restreindre les paiements en espèces en dollars à partir d'avril 2027. Faite en marge des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington, cette annonce vient non seulement contester l’hégémonie du billet vert dans le pays, mais aussi renforcer l’ambition d’une économie moins dépendante des paiements en espèces.
La mesure s'appuie sur un constat documenté. La Stratégie nationale d'inclusion financière (SNIF) 2023-2028 chiffre la dollarisation à 95% pour les prêts bancaires et à 91% pour les dépôts. Les billets en franc congolais en circulation en 2022 ne représentaient que 1,9 milliard de dollars, soit 20,5 dollars par habitant. André Wameso a lui-même relevé que des milliards de dollars transitent chaque année par les banques commerciales sans y être conservés durablement et alimentent les circuits financiers des pays voisins. Le document pointait déjà cette domination du billet vert comme un obstacle à l'efficacité des systèmes de paiement et un frein à l'inclusion financière.
Les modalités de la restriction sont néanmoins progressives. Les comptes bancaires en devises resteront autorisés mais les règlements en liquide devront migrer vers les instruments électroniques. Une période de transition d'un an est prévue pour faciliter le mouvement, et une amnistie potentielle sera offerte aux ménages et aux entreprises qui déposeront leurs liquidités dans le système bancaire. Cette orientation s’inscrit dans un contexte jugé plus favorable à la monnaie locale, marqué notamment par son appréciation de 30% face au dollar en 2025.
La BCC a également émis des obligations à six mois pour ancrer l'épargne en monnaie locale et noué des partenariats avec Visa et Mastercard pour moderniser les infrastructures de paiement.
La domination du dollar en RDC tient aussi en partie à la faiblesse de l’inclusion financière. Dans la SNIF 2023-2028, l’objectif est de faire passer le taux de 38,5% en 2022 à 65% d'ici 2028. L'un de ses six axes stratégiques porte sur l'utilisation accrue de l'argent mobile et des services fintech, et les résultats sont déjà visibles.
Sous l'effet du déploiement de la monnaie électronique, le nombre de comptes dans le secteur financier a bondi de 1,1 million en 2009 à 21,5 millions en 2022. Les utilisateurs de monnaie électronique atteignaient 37,3 millions à fin 2022. Le numérique permet une traçabilité des transactions là où le billet vert en liquide échappe à tout contrôle fiscal. C'est là l'une des promesses fondamentales d'une économie cashless, celle d'élargir l'assiette fiscale en formalisant des flux jusqu'ici invisibles.
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« En permettant aux commerçants et aux entreprises d’accepter les paiements électroniques au quotidien, l’acceptation contribue à l’élargissement de l’assiette fiscale, à une meilleure mobilisation des recettes publiques, à un meilleur accès au crédit, et à l’émergence d’une économie plus transparente, plus résiliente et mieux intégrée », rappelle Sophie Kafuti, DG de Visa RDC.
L'ambition se heurte néanmoins à une réalité que certains chiffres résument bien. Selon une étude commanditée par Visa auprès de 255 PME congolaises en octobre 2024, 80% des transactions se font encore en espèces. Parmi ces PME, 40% n'acceptent aucun moyen de paiement numérique et c’est l’un des problèmes de fond. Disposer d'un compte ou d'un portefeuille mobile ne suffit pas si les points d'acceptation sont trop rares pour rendre ces instruments utiles au quotidien.
Alexander Venter, économiste chez Oxford Economics interrogé par Bloomberg, a mis en garde contre des risques d'exécution élevés dans la stratégie de dédollarisation lancée par la BCC, compte tenu du poids de l'économie informelle. La BCC et les autorités congolaises ont désormais moins d’un an pour briser l’hégémonie du dollar et consolider le recours des citoyens aux paiements numériques, faute de quoi la restriction pourrait pousser des pans entiers de l'économie vers une informalité encore plus difficile à atteindre.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin