Au Sénégal, le choc pétrolier s'ajoute à la crise financière
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Les contraintes budgétaires du Sénégal limitent fortement la capacité du pays à absorber le choc pétrolier.
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Olivier de Souza, Agence Ecofin

Les contraintes budgétaires du Sénégal limitent fortement la capacité du pays à absorber le choc pétrolier.
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Le Sénégal fait face à une poussée brutale de ses dépenses énergétiques. Ce 22 mai, devant le Parlement, le ministre des Finances Cheikh Diba a averti que la facture des subventions aux carburants pourrait dépasser de 2 milliards USD (environ 1,72 milliard d’euros) les montants prévus dans le budget 2026 si le pétrole atteignait 115 dollars (environ 98,9 euros) le baril. A l'ouverture de la session asiatique, le Brent affichait 103,9 dollars soit 89,36 euros.
Cette projection marque un changement d’échelle pour les finances publiques du pays ouest-africain. Le gouvernement avait initialement inscrit 443,8 millions USD (environ 381,6 millions d’euros) au budget pour soutenir les prix des carburants. La flambée des cours du brut provoquée par les tensions géopolitiques autour de l’Iran a depuis bouleversé ces prévisions.
Selon Cheikh Diba, un pétrole à 85 dollars (73,1 euros) le baril porterait déjà les besoins de subventions à 1,3 milliard USD (environ 1,12 milliard d’euros). Avec un baril à 115 dollars (98,89 euros), la facture grimperait à plus de 2,4 milliards USD (environ 2,064 milliards d’euros), soit l’équivalent d’environ un cinquième du budget national.
Jusqu'à son limogeage ce vendredi 22 mai, le Premier ministre Ousmane Sonko refusait une hausse des prix à la pompe. « Nous ferons tout notre possible pour éviter de faire supporter les augmentations de prix aux populations », avait-il déclaré devant les députés. Ce choix accroît toutefois la pression sur un budget déjà fragilisé.
Depuis 2024, le Sénégal traverse en effet une crise financière liée à la découverte de dettes non déclarées sous l’ancienne administration. Les autorités actuelles estiment ces engagements à près de 13 milliards USD (11,18 milliards d’euros). Cette révélation a conduit le Fonds monétaire international (FMI) à suspendre son programme avec Dakar et a réduire l’accès du pays aux marchés internationaux.
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Le Sénégal dépend désormais davantage des recettes fiscales et du marché régional pour financer ses besoins. Dans ce contexte, la hausse du pétrole agit comme un facteur aggravant. Elle augmente les dépenses publiques liées aux carburants, renchérit les importations énergétiques, et alimente les tensions inflationnistes à travers les coûts du transport et de la production.
Une note publiée en avril par S&P Global Ratings classe le Sénégal parmi les pays africains particulièrement vulnérables aux conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient, en raison de ses déficits budgétaire et extérieur. L’agence souligne également la faiblesse des marges de manœuvre budgétaires sur le continent. Les pays africains notés consacrent en moyenne 17% de leurs revenus au paiement des intérêts de la dette, contre une médiane mondiale de 5,5% à l’échelle mondiale.
Pour Dakar, cette contrainte limite fortement la capacité d’absorption du choc pétrolier. La hausse des prix de l’énergie pourrait aussi produire des effets indirects plus durables. S&P anticipe une dégradation des comptes courants africains, ainsi qu’un retour des pressions inflationnistes. L’agence estime également que la hausse des prix des engrais risque d’affecter la production agricole et les budgets des ménages sur une période prolongée.
Le Sénégal dispose néanmoins d’un amortisseur partiel : sa récente production pétrolière et gazière. Cheikh Diba estime que les revenus additionnels tirés des hydrocarbures pourraient atteindre 239,6 millions USD (environ 206 millions d’euros) avec un pétrole à 85 $ (72,09 €) le baril, et jusqu’à 328,4 millions USD (environ 282,4 millions d’euros) à 115 dollars (98,87 €).
Ces recettes spéculatives restent toutefois largement insuffisantes face à l’ampleur des dépenses de subventions. Le gouvernement a déjà commencé à réduire certaines dépenses publiques pour limiter les tensions budgétaires. Début avril, l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko avait suspendu les déplacements non essentiels des ministres et hauts responsables à l’étranger, évoquant des conditions économiques « difficiles » liées à l’évolution des marchés énergétiques.
En parallèle, Dakar tente de rétablir ses relations financières avec le FMI. Le ministre des Finances a annoncé la reprise des discussions techniques à partir de la semaine du 8 juin, avec pour objectif d’aboutir à un accord avant la fin du mois.
Le principal point de blocage concerne le traitement de la dette révélée par les nouvelles autorités. Selon Cheikh Diba, le président Bassirou Diomaye Faye a proposé à la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, une alternative à une restructuration classique de la dette, jugée plus adaptée à la complexité du dossier sénégalais.
Les marchés ont réagi favorablement à ces déclarations. L’obligation sénégalaise en dollars à échéance 2033 a progressé après les annonces du ministre, atteignant son plus haut niveau depuis mi-mai. Pour le gouvernement, l’enjeu dépasse désormais la seule question énergétique. Dakar cherche à préserver le pouvoir d’achat sans provoquer une détérioration supplémentaire des finances publiques, dans un contexte international marqué par la volatilité des cours du pétrole et l’incertitude géopolitique.
L’évolution des prix du brut et l’issue des discussions avec le FMI seront déterminantes pour la capacité du Sénégal à contenir ce nouveau choc budgétaire.
Olivier de Souza, Agence Ecofin