OPINION - Pour une alliance des savoir-faire franco-turcs en Afrique


Charles-Stéphane Marchiani, avocat, docteur en droit, Membre Fondateur des Rendez-Vous d’Afrique(s)
© Etienne Jeanneret / etiennejeanneret.photo - Etienne Jeanneret


Charles-Stéphane Marchiani, avocat, docteur en droit, Membre Fondateur des Rendez-Vous d’Afrique(s)
© Etienne Jeanneret / etiennejeanneret.photo - Etienne Jeanneret
La Türkiye et la France ne sont pas les compétiteurs stratégiques que l’on croit. La Türkiye n’est pour la France ni la Chine, ni la Russie. Certes chacun a ses intérêts propres défendus par leur gouvernement respectif, notamment dans le domaine régalien. Toutefois, dans les matières civiles telles que les travaux publics, les infrastructures de santé, le secteur minier, les biens d’équipement, des coopérations sont possibles afin d’additionner les avantages comparatifs et de maximiser la compétitivité d’une offre commune. Prenons l’exemple du secteur de la santé. Nombreux sont les pays africains qui ont un cruel besoin d’hôpitaux répondant aux derniers standards. A l’instar du groupe SUMMA, qui a réalisé de nombreuses infrastructures au Sénégal, en Guinée équatoriale ou encore au Niger, l’entreprise turque SILA s’est imposée sur le continent comme un acteur de référence, capable de livrer sous divers modes contractuels (EPC, BOT, PPP…) des hôpitaux au bénéfice ultime des populations. Ainsi au Sénégal, l’alternance de 2024 n’a pas remis en cause sa présence et l’administration du Président Diomaye Faye souhaite qu’il continue à œuvrer. Dans son domaine, SILA est le seul dans ce cas. De leur côté, la France a des poids lourds du financement d’infrastructures publiques, tels MERIDIAM ou encore PROPARCO, tous deux également appréciés en Afrique, qui sont en mesure d’accompagner le groupe SILA. Cette présence française dans la partie financement pourra, à son tour, libérer des velléités chez des financiers turcs, comme EXIMBANK ou TKYB, soucieux de minimiser le risque financier inhérent à toute opération. L’action commune d’acteur de nationalités différentes, en l’espèce française et turque, est également un moyen efficace de limiter le risque politique, toujours prégnant en Afrique car il est plus délicat de se fâcher avec deux qu’avec un seul. Le secteur minier est un autre exemple riche de perspectives. Le groupe VEOLIA ou tout autre opérateur français, producteur d’énergies, aurait vocation à fournir des miniers turcs, tels que ÇALIK, NUROL ou ULSAN, grands consommateurs par nature d’électricité. Il sera ainsi plus facile de réunir des financements pour des business plan bâtis sur des contrats d’achat conclus en amont et portant la signature d’opérateurs crédibles. La réalisation en nombre de telles infrastructures d’énergies permettra de commencer à écrire la page de la transformation des matières premières en Afrique, éternel serpent de mer du décollage économique des pays de production.
La Türkiye est désormais un acteur de référence en Afrique. Au-delà des marchés obtenus par ses entreprises, un réseau diplomatique de 44 représentations sur 54 pays d’Afrique, et une compagnie nationale Turkish Airlines qui dessert en 2025, 63 destinations, la dernière en date étant Port-Soudan, dans plus de 40 pays - un record pour un transporteur aérien – matérialise une réalité. Pour leur part, les entreprises françaises conservent un savoir-faire inégalé, grâce à leur expérience opérationnelle et à leur excellence technique, elles bénéficient aussi – même si elle n’est pas leur propriété mais celle de tous les locuteurs africains– de la francophonie.
Nombreux sont les acteurs économiques et politiques des différents pays d’Afrique à attendre que de tels partenariats et alliances se mettent en place. Les confidences de nos amis africains expriment leur volonté affirmée d’éviter les faces-à-faces avec une seule entreprise ou un seul pays et leur volonté de décorréler le politique de l’économique. Incontestablement, un partenariat franco-turc sur l’Afrique, riche de cercles vertueux, serait, sans conteste, un moyen de décliner le « changement de l’approche et de logiciel » prôné par le Président Emmanuel Macron dans son discours du 8 janvier 2026 devant les ambassadeurs et ambassadrices de France.