Terres rares : avec Toyota Tsusho et JOGMEC, le Japon sécurise son accès au projet namibien Lofdal
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Le projet Lofdal en Namibie, avec une production annuelle estimée à 1 478 tonnes d’oxydes de terres rares.
Photo DR
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Le projet Lofdal en Namibie, avec une production annuelle estimée à 1 478 tonnes d’oxydes de terres rares.
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Mardi 17 mars dernier Namibia Critical Metals (NCMI) a annoncé la sélection du groupe japonais Toyota Tsusho comme partenaire stratégique pour le développement du projet de terres rares Lofdal, en Namibie. Cette décision s’inscrit dans le cadre d’un appel d’offres organisé par l’organisme public japonais JOGMEC, déjà présent sur le projet avec une participation de 40 %.
L’entrée de Toyota Tsusho s’inscrit dans une logique industrielle claire. Le groupe joue le rôle de partenaire stratégique, capable de structurer la chaîne de valeur du projet. Il apporte à la fois une expertise technique dans le développement des terres rares, un accès direct aux marchés finaux, ainsi que des perspectives de débouchés via des accords d’achat potentiels. Impliqué dans la transformation de terres rares, notamment à travers une unité de raffinage en Inde, Toyota Tsusho possède une expérience significative dans les étapes aval de la filière.
« La participation de Toyota Tsusho représente une étape stratégique majeure pour le projet Lofdal. Peu de projets d’exploitation des terres rares à l’échelle mondiale bénéficient d’un soutien gouvernemental stratégique aussi important et d’un leadership industriel aussi affirmé que celui que représente ce partenariat », a déclaré Darrin Campbell, président de NCMI.
Avec une production annuelle estimée à près de 1 478 tonnes d’oxydes de terres rares, le projet Lofdal en Namibie se distingue parmi les rares initiatives avancées hors de Chine, en particulier pour les éléments lourds comme le dysprosium et le terbium, indispensables à la fabrication d’aimants permanents à haute performance. Ces composants jouent un rôle clé dans les véhicules électriques et les technologies d’énergie renouvelable. Le volume anticipé à Lofdal pourrait représenter une alternative partielle à l’offre chinoise, qui demeure dominante — environ 60 % de la production mondiale et près de 90% des capacités de raffinage.
L’entrée de Toyota Tsusho répond d’abord à un objectif central pour le Japon, qui est de sécuriser un accès stable à ces minerais stratégiques.
En combinant l’intervention publique de JOGMEC et l’intégration d’un acteur industriel, Tokyo cherche à contrôler l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement, depuis l’extraction jusqu’aux applications industrielles. Cette approche vise à réduire les risques liés aux ruptures d’approvisionnement et à soutenir ses industries, notamment dans l’automobile et les technologies de la transition énergétique.
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Pour la Namibie, le projet s’inscrit dans une dynamique plus large de structuration d’une filière des terres rares. Le pays dispose de plusieurs gisements en développement, mais ne compte pas encore de production commerciale. Dans ce contexte, l’arrivée d’un acteur industriel de premier plan renforce la crédibilité du projet et son potentiel de mise en exploitation. Lofdal pourrait ainsi contribuer à positionner le pays comme un fournisseur émergent de minerais critiques. Le projet prévoit par ailleurs une participation des communautés historiquement défavorisées, avec 5% du capital qui leur est réservé.
À ce stade, Lofdal reste toutefois en phase de pré-construction. Des études supplémentaires sont nécessaires pour préciser les paramètres techniques et économiques et aucun calendrier de production n’a été communiqué. L’investissement total est estimé à 347,9 millions de dollars (302 millions d’euros), ce qui implique encore une mobilisation de financements importante.
Dans un marché marqué par des tensions sur l’offre et une volonté croissante de diversification des sources, Lofdal pourrait s’imposer comme un maillon stratégique des chaînes d’approvisionnement hors de Chine, à condition que les prochaines étapes de développement soient franchies.
Olivier de Souza, Agence Ecofin