Crise budgétaire au Malawi : une dette au-delà de 90% du PIB

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Le ministre des Finances, Joseph Mwanamvekha, présentant le budget national 2026/2027 au Parlement, vendredi 27 février 2026.
Photo DR

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Le ministre des Finances, Joseph Mwanamvekha, présentant le budget national 2026/2027 au Parlement, vendredi 27 février 2026.
Photo DR
Le 27 février dernier, le ministre des Finances du Malawi, Joseph Mwanamvekha, a déclaré devant le Parlement que la dette publique avait dépassé 90% du produit intérieur brut, un niveau qu’il a qualifié d’insoutenable, selon des propos relayés par la presse internationale.
En valeur absolue, l’encours atteignait 23 900 milliards de kwachas à fin décembre 2025, soit environ 12 milliards d’euros. Environ 65% de cette dette est domestique, c’est-à-dire détenue par des créanciers locaux.
Pour un pays à faible revenu, un tel niveau d’endettement limite fortement la capacité de l’État à financer ses dépenses sans recourir à de nouveaux emprunts. À la différence des économies avancées, le Malawi dispose d’un accès restreint aux marchés financiers internationaux et emprunte souvent à des conditions plus coûteuses, ce qui rend ce ratio plus difficilement soutenable. Le déficit budgétaire pour l’exercice en cours est projeté à 11,9% du PIB. Le gouvernement prévoit de le réduire à environ 9% l’an prochain. Quant à l’inflation, elle dépasse 20% par an depuis 2022.
Dans son discours, le ministre a indiqué que Lilongwe espérait conclure « à court ou moyen terme » un nouveau programme de soutien avec le Fonds monétaire international (FMI), afin de remettre les finances publiques sur une trajectoire plus stable. Les autorités ont également évoqué une restructuration de la dette, tant intérieure qu’extérieure, pour dégager des marges budgétaires, alors que leur prévision de croissance économique pour 2026 est de 3,8 %.
Les chiffres présentés par le ministre confirment une détérioration progressive des finances publiques. En 2024, la dette représentait déjà 88% du PIB selon le FMI. L’institution estimait alors que la dynamique de la dette restait insoutenable, la charge d’intérêts équivalant à près de 7% du PIB.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La dette extérieure du secteur public atteignait 37,4% du PIB en 2024. Surtout, les remboursements et intérêts à payer (le service de la dette) représentaient 11,7% des exportations la même année et étaient attendus à 64% en 2025 selon les projections mentionnées à l’époque. Cela implique que près des deux tiers des recettes en devises seraient absorbés par les paiements liés à la dette, ce qui réduit la capacité du pays à financer ses importations essentielles.
En fin d’année dernière, après une mission dans le pays, le FMI a appelé à une consolidation budgétaire urgente et à un resserrement de la politique monétaire afin de contenir l’inflation et de stabiliser le marché des changes.
« Les défis macroéconomiques auxquels est confronté le nouveau gouvernement sont importants. Ils incluent une exécution budgétaire à mi-parcours plus dégradée que prévu, une accélération de l’inflation et une pression persistante sur le taux de change. La croissance devrait rester modeste, à 2,4 % en 2025, et l’insécurité alimentaire demeure élevée », a déclaré l’institution de Bretton Woods.
Si le précédent programme d’appui économique du FMI en faveur du pays a été interrompu en mai 2025 après avoir échoué à restaurer la stabilité macroéconomique, Lilongwe espère parvenir rapidement à un nouvel accord. En octobre dernier, un porte-parole du Fonds a évoqué des échanges « productifs » avec les autorités, en marge des réunions annuelles à Washington.
Dans l’une des économies les plus pauvres du continent, où les marges budgétaires sont limitées et où plus d’une personne sur cinq est confrontée à l’insécurité alimentaire, la stabilisation des finances publiques conditionne directement l’accès aux devises, la continuité du financement extérieur et, plus largement, la stabilité économique du pays.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin