Pétrole : le Cameroun parie sur Murphy Oil et Octavia Energy pour relancer l’exploration
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Le Cameroun veut enrayer le déclin de sa production pétrolière tombée à 60 000 b/j.
DR
Olivier de Souza, Agence Ecofin

Le Cameroun veut enrayer le déclin de sa production pétrolière tombée à 60 000 b/j.
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La Société nationale des hydrocarbures (SNH) a attribué cinq blocs d’exploration à l’américain Murphy Oil et au britannique Octavia Energy, à l’issue du cycle de licences ouvert le 1er août 2025. Les résultats, publiés fin avril par son directeur général Adolphe Moudiki, concernent cinq des neuf blocs proposés dans les bassins du Rio del Rey et de Douala/Kribi-Campo.
Concrètement, Murphy obtient quatre blocs en mer dans le bassin Douala/Kribi-Campo que sont Etinde Exploration, Tilapia, Elombo et Ntem. Quant à Octavia, elle se voit attribuer le bloc Bolongo dans le bassin du Rio del Rey, principale zone de production historique du pays.
À ce stade, quatre blocs, à savoir Ndian River, Bakassi, Bomono et Nkombe-Nsepe n’ont pas trouvé preneur.
Ces attributions ouvrent une phase de négociation de contrats de partage de production, sans engagement immédiat sur la production. Ces contrats définiront les conditions d’investissement, de récupération des coûts et de partage des revenus entre l’État et les opérateurs. Le Cameroun conserve la propriété des ressources, tandis que les compagnies financent l’exploration à leurs risques. En cas d’échec, les coûts sont supportés par l’investisseur. En cas de découverte commercialement viable, les volumes extraits sont répartis selon les termes contractuels.
L’enjeu est de réactiver un amont pétrolier en déclin structurel. La production nationale, autour de 60 000 barils par jour, recule depuis près de vingt ans sous l’effet du vieillissement des champs et du déficit de nouvelles découvertes. Dans ce contexte, l’exploration devient un levier central pour renouveler les réserves et préserver les recettes publiques.
Les blocs attribués s’inscrivent dans des bassins déjà documentés, ce qui contribue à contenir le risque technique. Le bassin du Rio del Rey, proche du delta du Niger, concentre l’essentiel de la production actuelle mais conserve un potentiel non développé.
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Le bassin Douala/Kribi-Campo, en offshore et en zone côtière, bénéficie d’infrastructures existantes, de données sismiques 2D et 3D et de forages antérieurs. Ces éléments renforcent la visibilité géologique et pourraient expliquer en partie l’intérêt des opérateurs.
Murphy apparaît comme le principal attributaire de ce cycle. La compagnie indépendante américaine déploie une stratégie active sur les marges atlantiques africaines.
En Côte d’Ivoire, le groupe conduit une campagne d’exploration en eaux profondes comprenant trois forages. Deux d’entre eux se sont révélés non commerciaux, tandis qu’un troisième puits est en cours, avec des résultats attendus pour décider de la suite des opérations.
Au Maroc, elle a signé un accord portant sur une large zone offshore, illustrant une logique d’expansion malgré des résultats exploratoires contrastés. Son positionnement au Cameroun s’inscrit dans cette dynamique d’expansion régionale.
Octavia Energy adopte une trajectoire complémentaire, fondée sur une internationalisation progressive. Basée à Londres, la société est notamment présente au Yémen, où elle a investi dans la réhabilitation de champs, la revitalisation de la production et l’acquisition de données sismiques. Son entrée au Cameroun s’inscrit dans une stratégie de diversification vers de nouvelles juridictions, en s’appuyant sur une expérience opérationnelle acquise dans des environnements complexes.
Au-delà des attributions, la portée de ce cycle dépendra de son exécution. La signature effective des contrats constituera un premier test. La capacité des opérateurs à engager rapidement les travaux d’exploration en sera un second. La confirmation de découvertes commercialement exploitables conditionnera, enfin, l’impact sur la production nationale.
Pour le Cameroun, l’objectif est de reconstituer un portefeuille d’actifs capable de soutenir la production à moyen terme.
Dans un environnement africain marqué par une concurrence accrue pour les capitaux d’exploration, la crédibilité de cette relance dépendra de la capacité à transformer rapidement ces attributions en activités d’exploration concrètes et, surtout, en découvertes exploitables.
Olivier de Souza, Agence Ecofin