Fitch maintient la note « CCC- » du Gabon et souligne les tensions sur la dette

Le ministère des Finances à Libreville, au cœur des arbitrages budgétaires.
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Le ministère des Finances à Libreville, au cœur des arbitrages budgétaires.
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Le Gabon reste confronté à de fortes fragilités budgétaires malgré des perspectives économiques encore relativement résilientes. Dans une évaluation publiée par l’agence américaine, Fitch Ratings a confirmé la note souveraine du pays à « CCC- » pour la dette à long terme en devises étrangères, un niveau qui traduit un risque de crédit particulièrement élevé et des tensions persistantes sur les finances publiques.
L’agence a également maintenu la note du pays à « CC » en monnaie locale, estimant que Libreville continue d’évoluer dans un environnement marqué par des besoins de financement importants, une hausse rapide de l’endettement et des contraintes croissantes de refinancement.
Cette décision intervient dans un contexte où les autorités gabonaises tentent de soutenir l’activité économique à travers une politique de dépenses publiques ambitieuse, portée notamment par les infrastructures et plusieurs projets d’investissement lancés depuis la transition politique engagée après le changement de pouvoir de 2023.
Selon Fitch, cette stratégie commence toutefois à exercer une pression croissante sur les équilibres macroéconomiques du pays.
Dans son rapport, l’agence souligne que les finances publiques gabonaises se sont « considérablement détériorées » en 2025. Le déficit budgétaire est désormais estimé à 12,2% du PIB, un niveau très élevé pour une économie déjà confrontée à une dette importante et à des besoins de refinancement considérables.
Fitch explique cette dégradation principalement par une hausse marquée des dépenses publiques, notamment dans les infrastructures et les projets d’investissement. Selon l’agence, les niveaux de dépenses enregistrés ces derniers mois dépassent largement ceux observés au cours des années précédentes.
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Cette accélération budgétaire intervient alors que le gouvernement cherche à relancer plusieurs projets structurants et à maintenir une dynamique de croissance dans un contexte social et politique sensible.
Mais cette stratégie a également entraîné une progression rapide de l’endettement public. D’après les estimations de Fitch, la dette du Gabon est passée de 72% du PIB en 2024 à 81,1% en 2025. L’agence estime qu’elle pourrait approcher 88 % du PIB d’ici 2027 si les cours du pétrole venaient à baisser durablement.
Cette trajectoire inquiète d’autant plus que le Gabon reste fortement dépendant des hydrocarbures pour ses recettes budgétaires et ses exportations. Malgré les efforts affichés de diversification économique, le pétrole continue de jouer un rôle central dans les équilibres financiers du pays.
Au-delà du niveau d’endettement, Fitch attire surtout l’attention sur les importants besoins de refinancement auxquels le Gabon devra faire face dans les prochaines années.
Le pays doit en effet rembourser plusieurs échéances de dette, aussi bien sur le marché régional de la Cemac que sur les marchés internationaux. Dans un contexte où les conditions de financement se sont durcies pour de nombreux États africains, cette contrainte devient un enjeu majeur pour les autorités gabonaises.
L’agence estime ainsi que Libreville devra continuer à s’appuyer sur des financements extérieurs pour couvrir ses besoins budgétaires et honorer ses échéances. Le rapport mentionne notamment un prêt de 1 milliard de dollars accordé par le groupe Trafigura. Fitch évoque également les appuis financiers attendus de partenaires bilatéraux ainsi que de la Banque mondiale.
Cette dépendance aux financements extérieurs illustre les marges de manœuvre limitées dont dispose aujourd’hui le pays sur les marchés. Comme plusieurs économies africaines fortement endettées, le Gabon évolue désormais dans un environnement où les investisseurs se montrent plus prudents et plus exigeants sur les primes de risque.
La pression est d’autant plus forte que le coût du service de la dette continue de progresser, réduisant les capacités budgétaires disponibles pour d’autres dépenses publiques.
Dans ce contexte, les discussions engagées avec le Fonds monétaire international apparaissent comme un élément central pour restaurer la confiance des marchés et améliorer la visibilité financière du pays.
Fitch indique que les échanges se poursuivent entre Libreville et l’institution de Bretton Woods en vue d’un éventuel programme d’appui financier.
Pour les investisseurs, un accord avec le FMI constituerait un signal important de discipline budgétaire et de retour à une trajectoire financière plus soutenable. Ce type de programme pourrait également permettre au Gabon d’accéder plus facilement à d’autres financements concessionnels ou multilatéraux.
Dans cette perspective, les autorités gabonaises ont lancé un audit de la dette publique afin d’améliorer la transparence des engagements financiers de l’État. Cette question est devenue particulièrement sensible ces dernières années dans plusieurs pays africains confrontés à une hausse rapide de leur endettement.
L’objectif affiché est de mieux identifier l’ensemble des engagements publics et parapublics afin de renforcer la crédibilité des données budgétaires auprès des partenaires internationaux.
Malgré ces tensions financières, Fitch continue d’anticiper une croissance économique relativement stable pour le Gabon. L’agence prévoit une progression du PIB autour de 3,2% sur la période 2026-2027.
Cette croissance devrait être soutenue par les investissements publics ainsi que par le maintien de la production pétrolière. Le pays continue également de miser sur certains secteurs comme les mines, le bois transformé et les infrastructures pour soutenir son activité économique.
Mais Fitch prévient que ces perspectives restent fragiles. Une baisse prolongée des prix du pétrole, un accès plus difficile aux financements ou une détérioration de la capacité du pays à rembourser sa dette pourraient rapidement accentuer les pressions sur les finances publiques.
L’agence souligne ainsi qu’une aggravation des tensions de liquidité ou des difficultés de refinancement pourraient entraîner une nouvelle dégradation de la note souveraine du Gabon.