L’initiative vise notamment à élaborer un vaccin homologué contre l'Ebolavirus de Bundibugyo, une souche mortelle qui sévit actuellement en RDC et en Ouganda.
La gestion des maladies infectieuses émergentes repose sur la capacité des systèmes de santé à anticiper et à accélérer le développement de solutions médicales, dans un contexte marqué par des réponses encore fragmentées et inégales.
Alors que des cas d’Ebola due au virus Bundibugyo continuent d’être signalés en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda, les autorités sanitaires intensifient la réponse face à la progression de l’épidémie. Dans ce contexte, la Coalition pour les innovations en préparation aux épidémies (CEPI) a annoncé un financement d’urgence pouvant atteindre 61,8 millions USD (environ 53,16 millions d’euros) pour accélérer le développement de trois vaccins expérimentaux contre cette souche mortelle.
L’initiative vise à combler l’une des principales failles de la réponse actuelle, à savoir l’absence de vaccin homologué contre l'Ebolavirus de Bundibugyo (Orthoebolavirus bundibugyoense). L’enveloppe la plus importante, jusqu’à 50 millions USD (environ 43 millions d’euros), est destinée au vaccin candidat développé par Moderna. Le laboratoire américain mise sur la technologie à ARN messager, déjà utilisée à grande échelle lors de la pandémie de Covid-19.
La CEPI prévoit également jusqu’à 8,6 millions USD (environ 7,4 millions d’euros) pour un vaccin développé par l’Université d’Oxford et fabriqué par le Serum Institute of India, ainsi que jusqu’à 3,2 millions USD (environ 2,75 millions d’euros) pour un candidat porté par l’Initiative internationale pour un vaccin contre le sida (IAVI).
L’épidémie continue de mobiliser les autorités sanitaires internationales, alors que les options thérapeutiques restent limitées. Selon les données communiquées par les institutions impliquées dans la réponse, plus de 900 cas suspects et plus de 220 décès suspects ont déjà été recensés. D’autres estimations font état de plus de 1 100 cas suspects en RDC et en Ouganda. La CEPI décrit cette flambée comme la troisième plus grande épidémie de filovirus jamais enregistrée.
Une souche encore sans contre-mesure validée
L’enjeu est d’autant plus important que la souche Bundibugyo occupe une place particulière dans la famille des virus Ebola. Contrairement à la souche Zaïre, responsable de plusieurs grandes épidémies et pour laquelle des vaccins et traitements sont désormais disponibles, celle-ci ne dispose à ce jour d’aucun vaccin homologué ni d’aucun traitement spécifiquement approuvé.
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Cette absence de contre-mesure validée limite fortement les options des autorités sanitaires. La lutte contre l’épidémie repose principalement sur les outils classiques de santé publique : surveillance épidémiologique, dépistage rapide, recherche des contacts, isolement des cas, prise en charge des patients et mobilisation des communautés.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs récemment recommandé d’accélérer l’évaluation de plusieurs vaccins, antiviraux et traitements à base d’anticorps monoclonaux susceptibles d’offrir une protection ou un bénéfice thérapeutique contre cette souche. Pour les experts, le facteur temps est devenu déterminant. « Chaque jour compte », a souligné le directeur général de la CEPI, Richard Hatchett, estimant que l’absence de vaccin homologué rend nécessaire une accélération exceptionnelle des programmes de recherche.
Trois approches technologiques pour un même objectif
Les trois vaccins candidats retenus reposent sur des plateformes technologiques déjà éprouvées dans d’autres contextes sanitaires. Le projet de Moderna utilise la technologie ARN messager, qui a démontré sa capacité à être développée rapidement et à être adaptée à de nouveaux agents pathogènes. Le financement de la CEPI ne couvrira pas seulement les études précliniques et les premiers essais cliniques. Il couvrira également des capacités de fabrication destinées à raccourcir les délais de déploiement si les premiers résultats s’avèrent concluants.
Le candidat développé par l’Université d’Oxford et le Serum Institute of India repose sur la plateforme ChAdOx1, utilisée notamment dans le vaccin Oxford-AstraZeneca contre la Covid-19. Selon l’OMS, des doses pourraient être disponibles dans un délai de deux à trois mois pour une première évaluation clinique, même si des travaux précliniques complémentaires restent nécessaires.
De son côté, IAVI développe un vaccin basé sur la plateforme rVSV, déjà utilisée pour le vaccin Ervebo contre la souche Zaïre. Cette proximité technologique en fait l’un des candidats les plus surveillés par les autorités sanitaires internationales.
Aucun de ces vaccins n’est toutefois encore entré en essais cliniques chez l’homme. L’objectif immédiat du financement annoncé est précisément d’accélérer leur progression vers les essais de phase 1.
Au-delà de l’épidémie actuelle, un enjeu de préparation mondiale
La portée de cette initiative dépasse la seule gestion de la flambée en cours. Pour l’OMS, le développement d’un vaccin contre Bundibugyo constituerait un progrès majeur dans la préparation aux futures épidémies d’Ebola. Les trois projets ont été sélectionnés à l’issue d’une revue mondiale associant notamment l’OMS, Africa CDC, Gavi, l’ANRS et les pays touchés. La question de l’accès équitable aux futurs vaccins figure également parmi les critères centraux du programme, afin d’éviter que les pays affectés soient relégués au second plan en cas de succès clinique.
Parallèlement à cet effort scientifique, la communauté internationale renforce progressivement ses moyens financiers. Gavi a annoncé jusqu’à 50 millions USD (environ 43 millions d’euros) supplémentaires pour soutenir l’accès aux vaccins et la réponse à l’épidémie. Le Fonds de lutte contre les pandémies a, de son côté, mobilisé jusqu’à 220,6 millions USD (environ 189,8 millions d’euros) pour combler les principales lacunes opérationnelles de la riposte.
Pour l’heure, aucune de ces initiatives ne peut remplacer les mesures de contrôle déjà déployées sur le terrain. Elles pourraient toutefois permettre de faire évoluer la réponse vers une approche davantage préventive.