Après le cobalt, la RDC veut mieux taxer le lithium convoité par la Chine et les États-Unis

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Exploitation minière à ciel ouvert en RDC.
Photo DR

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Exploitation minière à ciel ouvert en RDC.
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Le gouvernement de la République démocratique du Congo a adopté, le vendredi 29 mai, un projet de décret qui élargit la liste nationale des substances minérales stratégiques. Le lithium y figure désormais, aux côtés du tantale, du niobium, du tungstène, de l’uranium et des terres rares. Ce reclassement traduit un objectif assumé, celui de maximiser les revenus que l’État tire de ces ressources à un moment où la rivalité sinoaméricaine pour les minéraux critiques gagne du terrain dans le pays.
En RDC, le statut des substances minérales stratégiques est régi par un décret de novembre 2018 qui classe jusqu’ici le cobalt, le germanium et la colombotantalite (coltan) dans la liste. Les compagnies qui exploitent ces minéraux doivent s’acquitter d’une redevance minière de 10 % sur leurs ventes, contre 3,5% pour les métaux non ferreux.
Pour les opérateurs visés, la mesure impliquera une hausse des prélèvements versés à l’État une fois le décret publié et entré en vigueur. Le gouvernement justifie ce choix par l’évolution des marchés des matières premières critiques et par le poids croissant de ces métaux dans les filières technologiques et l’énergie nucléaire. À ce stade, les principaux acteurs concernés n’ont pas commenté publiquement les effets de cette décision.
Le calendrier n’a rien d’anodin. Le reclassement du lithium coïncide avec la montée en puissance du projet Manono, porté par le groupe chinois Zijin Mining dans la province du Tanganyika. Au capital du projet, on retrouve l’État congolais avec 10%, l’entreprise publique Cominière (35,1 %) et la filiale de Zijin, Jinxiang Lithium, détient le reste. La phase 1 de la mine doit démarrer d’ici fin juin 2026 avec pour objectif la production d’environ 1 million de tonnes de concentré de spodumène par an, à transformer en 100 800 tonnes de sulfate de lithium.
Mais les intérêts chinois ne sont pas les seuls mobilisés autour du lithium congolais. La société américaine KoBold Metals, soutenue par les milliardaires Bill Gates et Jeff Bezos, a sécurisé l’année dernière sept permis d’exploration couvrant plusieurs métaux, dont le lithium, dans les territoires de Manono et de Malemba Nkulu. Elle a annoncé cette année un programme d’exploration de 50 millions de dollars dans le pays et s’engage à recourir à des technologies avancées, comme l’intelligence artificielle, pour identifier les meilleurs gisements. Ses travaux ciblent aussi une partie du gisement de lithium de Manono, en dehors du périmètre développé actuellement par Zijin, pour lequel KoBold a signé en juillet 2025 un accord de principe avec Kinshasa, en présence du président Félix Tshisekedi.
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La concrétisation de ce projet dépend notamment du règlement d’un vieux contentieux. L’australien AVZ Minerals, dont le permis a été annulé en 2023 avant d’être réattribué à une filiale de Zijin, réclame des droits sur Manono et a relancé en juin 2025 sa procédure d’arbitrage contre l’État congolais devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI). KoBold a proposé d’indemniser AVZ pour solder le litige, sans garantie à ce jour sur l’issue.
Le précédent du cobalt
Dans une certaine mesure, la séquence observée avec le lithium reproduit celle déjà engagée par les ÉtatsUnis et la Chine sur le cobalt congolais, un autre métal classé stratégique par Kinshasa. La RDC fournit près des trois quarts de la production mondiale de cobalt, et l’essentiel de ses mines est opéré par des groupes chinois, à l’image de CMOC, premier producteur mondial. Les ÉtatsUnis ont accéléré leur retour ces derniers mois. Washington et Kinshasa ont signé en décembre 2025 un partenariat centré sur le cuivre et le cobalt, avec la possibilité pour les investisseurs américains d’investir prioritairement dans des projets. En avril 2026, l’américain Virtus Minerals a ainsi finalisé le rachat de Chemaf, opérateur des mines de cuivre et de cobalt Étoile et Mutoshi. Le consortium Orion CMC, piloté par Orion Resource Partners avec l’appui de l’agence américaine de financement du développement (DFC), a aussi signé un protocole d’accord pour acquérir des intérêts dans deux mines de cuivrecobalt de Glencore.
Le lithium prolonge donc cette rivalité sinoaméricaine déjà installée sur les minerais critiques congolais. Tout n’est pourtant pas acquis. Le marché mondial reste en surcapacité depuis 2022 et les prix du spodumène évoluent très en deçà de leurs sommets, ce qui pèse sur la rentabilité des projets. Le contentieux de Manono, lui, n’est toujours pas tranché. En attendant, le reclassement du lithium donne à l’État un levier fiscal de plus sur une filière qui est l’un des théâtres de la compétition entre Pékin et Washington.
Emiliano Tossou, Agence Ecofin