Fibre optique : le Cameroun contracte un prêt chinois d'environ 170 millions d’euros pour étendre son réseau

Muriel EDJO, Agence Ecofin

Le réseau national de fibre optique du Cameroun fait actuellement plus de 15 000 km.
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Muriel EDJO, Agence Ecofin

Le réseau national de fibre optique du Cameroun fait actuellement plus de 15 000 km.
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Le Cameroun veut accélérer la modernisation de son infrastructure numérique. Par le décret n° 2026/084 du 6 mars 2026, le président Paul Biya a habilité le ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire à signer avec Eximbank China un accord de prêt destiné à financer la phase 4 du projet d’extension du backbone de transmission par fibre optique. Le montant autorisé est de 1 350 963 161,10 renminbi, soit environ 170 millions d’euros.
Derrière ces chiffres, un enjeu central : consolider l’épine dorsale des télécommunications. Le backbone national conditionne la qualité de l’accès à Internet, la stabilité des communications à haut débit, mais aussi la capacité du pays à connecter administrations, entreprises et services essentiels (santé, éducation, sécurité, énergie). Dans un contexte où la transformation numérique devient un levier de compétitivité, l’extension de la fibre s’impose comme une infrastructure stratégique, comparable — par son rôle — aux routes et aux réseaux électriques dans l’économie traditionnelle.
Le Cameroun n’en est pas à son premier effort. Entre 2011 et 2016, le backbone national comptait 6 000 km de fibre optique, articulés autour de 64 sites de transmission. Cette période a notamment intégré 1 000 km de fibre le long du pipeline Tchad–Cameroun, et 5 000 km posés dans le cadre des phases I et II du projet de backbone.
En 2017, la phase III a ajouté 4 000 km supplémentaires, portant le linéaire total à 10 000 km, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. Le réseau inclut également des bretelles vers plusieurs pays voisins, comme le Tchad, le Gabon, la Guinée équatoriale, la République centrafricaine et le Nigeria, signe d’une volonté d’intégration régionale et d’interconnexion transfrontalière.
Sur le plan technique, ce linéaire est composé de 86 sites de transmission, 143 équipements de transmission optique, ainsi que 7 boucles destinées à sécuriser le trafic : 1 boucle à 100 gigabits par seconde (Gbit/s), 4 boucles à 20 Gbit/s et 2 boucles à 10 Gbit/s. À cet ensemble se sont ajoutés 800 km de fibre posée par Eneo, la société de production, de distribution et de vente d’énergie électrique, et rétrocédée à l’État — un apport non négligeable pour densifier le réseau.
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En ajoutant les différentes boucles optiques urbaines déployées par la suite, le réseau national de fibre optique du Cameroun fait aujourd’hui plus de 15 000 km, pour plus de 45 milliards USD (environ 38,9 milliards d'euros) investis depuis 2011. Dans l’absolu, c’est un total de 20 000 à 25 000 km de linéaire de fibre optique que le pays projette.
Malgré ces investissements, la fibre peine encore à se traduire en usage massif, notamment dans les foyers et les entreprises. C’est ce que met en lumière le « Fiber Development Index analysis 2024 », publié par la World Broadband Association (WBBA) et Omdia. Le rapport classait le Cameroun 93e et dernier au monde (et 19e en Afrique) en matière de développement de la fibre optique, en analysant sept indicateurs, dont la pénétration de la fibre jusqu’aux domiciles (FTTH), la pénétration dans les entreprises, la fibre jusqu’aux sites cellulaires, la vitesse médiane de téléchargement ou encore la latence moyenne. Le Cameroun affichait une note de 4/100 en 2024, en recul de trois points par rapport à 2023.
C’est dans ce contexte que la phase IV est attendue comme une étape de consolidation. Il s’agit d’étendre le réseau de transmission, améliorer la redondance, et créer les conditions d’un meilleur accès pour les opérateurs et les fournisseurs d’accès. Mais la question qui se pose — au-delà de la signature du financement — est celle de l’impact concret : quels nouveaux tronçons ? quels délais ? quelles zones prioritaires ? Le gouvernement devra surtout s’assurer que l’extension du backbone annoncée se traduise, cette fois, par un gain tangible dans la vie quotidienne des Camerounais.
Muriel EDJO, Agence Ecofin