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La Tribune Afrique

Uranium : de la Namibie à la Mauritanie, l’intérêt croissant des États-Unis

Photo de Emiliano Tossou

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

Publié le 03 juin 2026 à 06:46

Site d’extraction d’uranium de Husab, en Namibie.

Site d’extraction d’uranium de Husab, en Namibie.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La relance mondiale du nucléaire ravive la course à l’uranium, une ressource dont l’Afrique regorge mais où la Chine a pris une longueur d’avance. Restés longtemps en retrait sur le continent, les États-Unis cherchent désormais à y sécuriser leur approvisionnement.

Aura Energy a confirmé mardi 2 juin étudier un prêt de l’agence fédérale américaine International Development Finance Corporation (DFC) pour la construction de Tiris, appelée à devenir la première mine d’uranium de Mauritanie. Si aucun accord n’a encore été signé, la démarche illustre l’attention grandissante de Washington pour l’uranium africain.

L’entreprise australienne, qui développe ce gisement dans le désert du nordest mauritanien, mène des discussions avancées avec la DFC pour une dette de projet d’environ 150 à 170 millions de dollars. Elle a aussi reçu une proposition de financement non engageante d’un grand fonds d’investissement américain.

Aura a par ailleurs officialisé ce mardi la signature d’un protocole d’accord avec une grande compagnie internationale d’électricité nucléaire, dont l’identité n’a pas été révélée, portant sur un possible investissement en capital, des achats garantis d’uranium et une coopération technique. Ce partenaire pourrait devenir un actionnaire de premier plan du projet, alors qu’une décision finale d’investissement est attendue d’ici la fin de l’année, après une étude de faisabilité bancable prévue en septembre.

Un intérêt déjà affiché en Namibie

L’engagement américain pour l’uranium africain s’observe déjà plus au sud du continent. En avril dernier, John Giordano, ambassadeur des ÉtatsUnis en Namibie, a ainsi déclaré à Bloomberg que Washington envisageait d’accroître ses importations d’uranium namibien tout en soutenant la production locale aux côtés d’entreprises américaines. En poste depuis octobre 2025, le diplomate a évoqué des contacts autour de la DFC et de l’agence de crédit à l’exportation Exim, ainsi qu’un protocole déjà signé entre l’américain NANO Nuclear Energy et la Namibie pour un projet nucléaire.

La Namibie est le premier producteur d’uranium d’Afrique et le troisième au monde, avec 7 333 tonnes en 2024 selon la World Nuclear Association. Mais ses trois mines en activité, Rössing, Langer Heinrich et Husab, comptent toutes des actionnaires chinois, et près de 77% des exportations namibiennes partent vers la Chine. Les États-Unis n’ont importé que 633 tonnes d’uranium namibien en 2024, moins d’un dixième des volumes expédiés vers Pékin.

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Dans une note publiée début 2026, le Center for Strategic and International Studies (CSIS) plaide pour un rapprochement américain avec l’Afrique australe sur les minerais et le nucléaire, recommandant de conditionner les financements publics à des engagements d’achat orientés vers des acheteurs américains, et présentant la région comme une source d’uranium potentiellement décisive. C’est dans ce contexte que Tiris attire l’attention. Le projet mauritanien dispose de réserves de 33,6 millions de livres d’oxyde d’uranium et une durée de vie supérieure à 25 ans. Doté d’une licence d’exploitation valable 30 ans, il doit livrer au moins 2 millions de livres de yellowcake par an, ce concentré d’uranium étant acheminé vers des usines en Europe, aux États-Unis ou en Asie.

Demande en hausse, offre sous tension

Pour les États-Unis, l’accès éventuel aux réserves mauritaniennes d’uranium interviendrait dans un contexte particulier. Une trentaine de pays, dont précisément le pays dirigé par Donald Trump, se sont engagés lors de la COP28 à tripler la capacité nucléaire installée dans le monde d’ici 2050. Selon la World Nuclear Association, cet objectif porterait les besoins annuels en uranium à 250 000 tonnes, contre environ 60 000 tonnes produites aujourd’hui. L’organisation prévient qu’un écart se creuse entre l’offre et la demande, alors que les délais de mise en production des mines restent longs.

Un autre facteur amplifie la pression, à savoir la consommation électrique de l’intelligence artificielle. Aux États-Unis, la demande des centres de données pourrait grimper de 176 térawattheures à 580 térawattheures d’ici 2028, et de grandes entreprises technologiques cherchent désormais à sécuriser une électricité nucléaire pour leurs installations. En janvier 2026, le prix de l’uranium au comptant a dépassé 100 dollars la livre pour la première fois en deux ans, avant de refluer autour de 89 dollars. À cette tension s’ajoute une dépendance que Washington veut réduire. Les centrales américaines importent plus de 95% de leur uranium, notamment de Russie et du Kazakhstan, et le pays reste tributaire des services russes d’enrichissement.

Reste à voir si cet intérêt se traduira en actes dans les prochains mois, et dans quels pays. Outre la Mauritanie et la Namibie, le Niger figure parmi les grands détenteurs africains de la ressource. Les formes possibles sont connues, à savoir des contrats d’achat de long terme, des prises de participation d’entreprises ou d’investisseurs américains dans les projets, ou des prêts publics comme celui qu’examine Aura. Le dossier Tiris pourrait offrir un premier exemple du choix américain d’ici la fin de l’année.

Emiliano Tossou, Agence Ecofin

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