La Banque mondiale décrit une économie en difficulté, avec des contraintes budgétaires qui s'intensifient, une croissance insuffisante et des pressions sociales.
Le Mozambique reste l’une des économies les plus fragiles du continent africain, malgré d’importantes ressources naturelles et des projets gaziers parmi les plus ambitieux au monde. Confronté à une forte pauvreté, à une croissance irrégulière, le pays d’Afrique australe cherche à se stabiliser.
La Banque mondiale a mis en garde, dans un rapport publié le 19 mars, contre une dégradation des équilibres macroéconomiques du Mozambique. L’institution de Bretton Woods décrit une économie en difficulté, confrontée à des contraintes budgétaires et financières qui s'intensifient, dans un contexte de croissance insuffisante et de fortes pressions sociales.
Ralentissement et tensions budgétaires
Le diagnostic dressé repose d’abord sur un net affaiblissement de la dynamique économique. Après plusieurs années de croissance modérée, le produit intérieur brut a fortement ralenti, avant de se contracter de 0,5% en 2025. Selon les auteurs du rapport, la reprise attendue dans les prochaines années devrait rester limitée, notamment à entre 1% et 2% entre 2026 et 2028, des taux qui devraient être inférieurs à la croissance attendue de la population sur la période (2,8%). Un tableau qui réduit les perspectives d’amélioration du niveau de vie.
La Banque mondiale indique que cette fragilité s’explique en grande partie par la situation des finances publiques. Les marges de manœuvre de l’État se sont progressivement réduites, sous l’effet d’une combinaison de facteurs. La masse salariale du secteur public et le poids du service de la dette absorbent désormais une part écrasante des recettes fiscales, estimée à environ 87 % en 2025, ce qui limite les capacités d’investissement dans les infrastructures, les services publics ou encore la capacité de réponse aux chocs économiques et climatiques.
Dans une telle situation, la Banque juge insoutenable l’endettement du pays. Les difficultés à honorer certaines échéances, l’accumulation d’arriérés de paiement et le recours accru au financement domestique à court terme témoignent de tensions de liquidité croissantes. Ces déséquilibres pèsent sur la confiance des investisseurs et restreignent l’accès au financement, alors que le pays doit déjà faire face à une pénurie de devises.
Le rapport pointe également du doigt des perspectives sociales préoccupantes, rappelant qu’environ 500 000 Mozambicains entrent chaque année sur le marché du travail, pour seulement 30 000 emplois formels créés.
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Une économie sous pression
Cette alerte survient alors que le Mozambique cherche précisément à mobiliser des financements pour soutenir son économie à court terme. En février, le gouvernement indiquait s’attendre à obtenir environ 8,5 milliards d’euros du Groupe de la Banque mondiale dans les prochaines années, afin d’accompagner la reprise économique et de répondre aux besoins budgétaires immédiats.
Ces ressources doivent notamment permettre de financer des projets publics, de renforcer la résilience face aux chocs climatiques et de soutenir la création d’emplois. Selon les autorités, le partenariat voulu avec la Banque mondiale vise principalement à assurer la consolidation macro-budgétaire, afin de soutenir la reprise économique.
En effet, si le pays continue de miser sur ses projets de gaz naturel liquéfié (GNL) pour transformer son économie à moyen terme, les premières recettes significatives ne sont pas attendues avant la fin de la décennie. Ce décalage entre des besoins immédiats et des perspectives de revenus encore lointaines place l’économie mozambicaine dans une situation intermédiaire délicate.
Des incertitudes sur la capacité à transformer le potentiel gazier
Dans ce contexte, les nouveaux éléments avancés par la Banque mondiale soulèvent plusieurs questions sur la trajectoire économique du pays. La première tient à la capacité de ce dernier à stabiliser ses finances publiques avant l’arrivée des revenus du gaz.
Selon l’institution, sans amélioration de la gestion budgétaire, une partie de ces revenus pourrait être mobilisée pour résorber des déséquilibres accumulés, plutôt que pour financer des investissements structurants. Une autre interrogation porte sur la capacité du pays à maintenir un environnement économique suffisamment stable pour rester attractif aux yeux des investisseurs et des bailleurs de fonds.
Ces éléments alimentent des incertitudes sur l’impact réel qu’aura la concrétisation du rêve gazier mozambicain. Ses effets sur l’économie et sur les conditions de vie des populations seront déterminants pour mesurer la capacité du pays à transformer cette rente en levier de développement.