Sunbeth visait environ 62 millions €, mais la demande des investisseurs s’est révélée plus forte que prévu, la souscription finale dépassant l’objectif initial de 65 %.
Moins médiatisé que celui de la Côte d’Ivoire ou du Ghana, le cacao nigérian alimente pourtant lui aussi les marchés internationaux. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest où la production progresse lentement, mais régulièrement, les acteurs de la chaîne de valeur cherchent à mieux capter les opportunités d’un marché mondial en recomposition.
L’entreprise nigériane Sunbeth Global Concepts vient de lever 165,73 milliards de nairas (environ 102,9 millions d’euros) sur le marché financier local afin de soutenir ses activités de négoce de cacao. Selon la société, ces fonds doivent servir à renforcer ses capacités d’approvisionnement et à financer l’exportation de fèves nigérianes vers les marchés internationaux.
D’après le communiqué publié par l’entreprise, l’opération a été réalisée dans le cadre d’un programme de Commercial Paper, un instrument de dette à court terme utilisé par les entreprises pour financer leurs besoins de trésorerie. Initialement, Sunbeth visait 100 milliards de nairas (environ 62 millions d'euros), mais la demande des investisseurs s’est révélée plus élevée que prévu. La société indique que la souscription finale a dépassé l’objectif initial de 65%.
« Nous sommes profondément reconnaissants envers nos investisseurs et partenaires financiers pour leur confiance et leur soutien. Cette étape renforce encore notre capacité à développer nos activités de négoce et à approfondir notre contribution au secteur des exportations agricoles africaines », a déclaré le directeur des opérations (COO), Nzubechukwu Anisiobi.
Un négociant en quête d’expansion
Fondée au Nigeria en 2017, Sunbeth Global Concepts s’est positionnée dans le négoce de matières premières agricoles, avec un accent particulier sur le cacao. L’entreprise affirme vouloir connecter les producteurs africains aux marchés internationaux tout en développant des activités sur plusieurs segments de la chaîne de valeur.
Le projet s’inscrit dans la continuité d’une activité familiale liée au commerce du cacao dans l’État d’Ondo, l’une des principales zones de production du Nigeria. Le fondateur de Sunbeth a grandi dans cet environnement avant de lancer sa propre société avec l’ambition d’exporter directement vers les marchés internationaux.
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Depuis sa création, l’entreprise indique avoir progressivement étendu sa présence au-delà du Nigeria. Elle affirme disposer aujourd’hui d’activités ou de bureaux dans plusieurs marchés, notamment au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, à Dubaï, en Afrique du Sud et au Cameroun.
Selon les données communiquées par la société, ses volumes d’exportation auraient fortement progressé au cours des dernières années, passant d’environ 200 tonnes lors des premières opérations en 2017 à 200 000 tonnes en 2025.
Un marché marqué par la volatilité
La levée de fonds de Sunbeth intervient dans un contexte chahuté pour le marché mondial du cacao. L’Afrique demeure le premier bassin d’approvisionnement du secteur, avec près de 70% de la production mondiale, dominée par la Côte d’Ivoire et le Ghana. Au cours de la dernière décennie, ces deux géants ont connu une phase d’expansion importante de leurs récoltes avant d’être confrontés à une série de difficultés liées aux conditions climatiques, au vieillissement des plantations ou encore aux maladies affectant les cacaoyers.
Au Ghana, la production est ainsi passée d’un pic d’environ 1,05 million de tonnes en 2020-2021 à 530 000 tonnes en 2023-2024. En Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, les récoltes ont beaucoup fluctué dans les années qui ont suivi la campagne 2020-2021 où un record de 2,25 millions de tonnes a été réalisé.
Dans ce paysage, des pays comme le Nigeria et le Cameroun occupent une place plus modeste mais relativement stable. Au Nigeria, la production a par exemple progressé ces dernières années, passant respectivement d’environ 200 000 à 350 000 tonnes entre 2015 et 2024.
Il faut noter que tous ces pays producteurs évoluent dans un environnement de prix devenu très volatil. Après avoir atteint un niveau record fin 2024, les cours internationaux du cacao ont nettement reculé et évoluent désormais autour de 3 000 USD (environ 2 600 euros) la tonne. Cette baisse a fragilisé certains négociants et ralenti les achats dans plusieurs ports d’Afrique de l’Ouest.
Dans ce contexte incertain, l’accès au financement devient un facteur clé pour les entreprises de négoce comme Sunbeth. Les traders doivent en effet disposer de liquidités importantes pour acheter les fèves aux producteurs et maintenir leurs flux d’exportation, y compris lorsque les marchés traversent des phases de turbulence. Reste à voir si ces capacités financières permettront au négociant nigérian de consolider durablement sa place dans un commerce mondial du cacao devenu plus instable.