Zimbabwe : volte-face fiscale sur l'or, Harare privilégie la bonne santé des mines à la rente immédiate

Idriss Linge, Agence Ecofin

Mthuli Ncube, ministre des Finances du Zimbabwe.
DR

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Mthuli Ncube, ministre des Finances du Zimbabwe.
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C'est un revirement politique aussi soudain que stratégique qui vient de s'opérer à Harare. Moins de trois semaines après avoir annoncé, lors de la présentation du budget 2026, une hausse drastique des redevances sur l'or, le gouvernement zimbabwéen a fait marche arrière jeudi dernier devant le Parlement.
La proposition initiale, visant à porter les royalties de 5% à 10% pour capter une part plus importante de la manne aurifère, a été abandonnée au profit d'un mécanisme beaucoup plus souple. Cette décision, confirmée par le ministre des Finances Mthuli Ncube, marque la victoire du pragmatisme économique sur la tentation de la taxation maximale, dans un contexte où le métal jaune s'échange à des niveaux historiques autour de 4 300 dollars l'once.
Le cœur de cette réforme révisée réside dans la modification du seuil de déclenchement de la « taxe sur les profits exceptionnels ». Alors que le projet initial menaçait d'imposer un taux de 10% dès que les cours franchiraient des seuils relativement bas, le nouveau cadre maintient le taux standard de 5% tant que le prix de l'or reste inférieur à 5000 dollars l'once.
Ce n'est qu'au-delà de ce plafond — un niveau jamais atteint par le marché — que le taux supérieur s'appliquera.
Lors de son intervention devant les parlementaires, captée par les caméras de la chaîne nationale et relayée par les agences financières, le ministre Ncube a justifié ce recul par la nécessité de préserver la viabilité des opérations. « Nous avons écouté les représentations de l'industrie », a déclaré le ministre, reconnaissant implicitement que la première mouture du budget aurait pu étouffer les grands producteurs. Il a ajouté : « Notre objectif est de maximiser les revenus sans compromettre la capacité des mines à investir et à produire. Le seuil de 5000 dollars offre cette garantie de stabilité. »
Cette prudence trouve une certaine cohérence dans la fragilité structurelle de l'industrie aurifère zimbabwéenne. Si les géants industriels comme Caledonia Mining Corporation sont les plus visibles, près de 77 % de la production nationale provient des mineurs artisanaux et de petite taille. Pour ces acteurs, une fiscalité trop lourde constitue un puissant incitatif au marché noir. Le gouvernement garde en mémoire les épisodes précédents où des hausses de taxes avaient vidé les circuits officiels au profit des contrebandiers qui exfiltrent l'or vers Dubaï. En maintenant le taux à 5 %, Harare cherche avant tout à garantir que le métal précieux continue d'arriver dans les coffres de la Fidelity Gold Refinery, l'acheteur unique de l'État. C'est une question de survie monétaire autant que budgétaire : la nouvelle monnaie locale, le Zimbabwe Gold (ZiG), est adossée aux réserves d'or en physique.
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Comme l'ont souligné plusieurs analystes économiques lors des débats, « sans or physique dans les coffres de la Banque centrale, la crédibilité du ZiG s'effondre ». Le gouvernement a donc choisi de sacrifier une recette fiscale hypothétique pour sécuriser l'actif réel qui soutient sa souveraineté monétaire.
Victor Gapare, figure respectée du secteur minier local, avait précédemment averti que des taxes excessives rendraient inopérants les gisements profonds, coûteux à exploiter. En revenant sur sa décision, l'administration du président Emmerson Mnangagwa envoie un signal fort aux marchés internationaux : le Zimbabwe reste une juridiction ouverte aux affaires, capable d'adapter sa politique fiscale aux réalités du marché.
Ce positionnement tranche singulièrement avec la tendance observée ailleurs sur le continent. En Afrique de l'Ouest, notamment au Mali et au Burkina Faso, les juntes au pouvoir ont récemment imposé des codes miniers beaucoup plus stricts, augmentant la participation de l'État et les taxes sans grande concertation. En choisissant la voie de la négociation, le Zimbabwe se positionne pour capter les capitaux miniers insécurisés par l'instabilité réglementaire sahélienne.
Les chiffres semblent pour l'instant confirmer la stratégie de l'incitation plutôt que de la coercition. Les livraisons d'or ont bondi de 37,5% au cours des neuf premiers mois de l'année 2025, pour atteindre près de 33 tonnes. Cette dynamique positive aurait été mise en difficulté par une fiscalité jugée punitive par les acteurs. Le ministre Ncube, souvent critiqué pour ses politiques d'austérité, s'offre ici une image de technocrate à l'écoute. « Il ne sert à rien d'avoir un taux de taxe élevé sur une production inexistante », a-t-il résumé lors de la clôture des débats budgétaires.
Pour l'heure, le pari est gagné : les pelleteuses continueront de tourner, et l'or de transiter par les circuits officiels, consolidant, au moins à court terme, la fragile stabilisation économique du pays.
Idriss Linge, Agence Ecofin