Speedinvest obtient 40 millions d’euros de EIB Global pour investir dans la tech africaine

Muriel EDJO, Agence Ecofin

EIB Global soutient le premier fonds africain de Speedinvest.
DR

Muriel EDJO, Agence Ecofin

EIB Global soutient le premier fonds africain de Speedinvest.
DR
La tech africaine attire de nouveau les capitaux institutionnels. EIB Global, la branche de développement de la Banque européenne d’investissement (BEI), a annoncé un engagement de 40 millions d’euros dans le premier véhicule de capital-risque de Speedinvest consacré à l’Afrique. L’annonce, rendue publique le 16 mars dernier, vise à soutenir l’essor de jeunes pousses technologiques sur plusieurs marchés clés du continent.
Avec cette enveloppe, Speedinvest renforce sa présence dans un écosystème africain en quête de financements plus patients et plus structurants. Le fonds ciblera en priorité des start-up en croissance dans plusieurs hubs d’innovation, notamment l’Égypte, le Maroc, le Nigeria, le Kenya et l’Afrique du Sud, en examinant également des marchés à fort potentiel comme le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Cameroun, la RDC, la Tunisie, la Tanzanie et l’Ouganda.
Au-delà du montant, le signal envoyé est fort. Selon la BEI, ce véhicule doit soutenir des entreprises technologiques opérant dans des secteurs jugés stratégiques pour la transformation économique du continent : paiement, santé, mobilité, éducation, mais aussi services numériques liés au crédit, à la banque, à l’assurance, à la comptabilité ou encore aux logiciels. L’ambition affichée est claire : améliorer l’inclusion numérique et financière tout en aidant des start-up africaines à changer d’échelle, régionalement puis à l’international.
Pour Speedinvest, l’opération marque une étape importante. Le fonds européen n’arrive pas en terrain inconnu. Il revendique déjà plusieurs investissements dans des entreprises africaines à forte croissance, parmi lesquelles Moove, FairMoney, Khazna, Julaya, Oze, Precium, Leta ou encore Anda.
Avec le soutien de EIB Global, la société entend désormais approfondir cette stratégie en connectant davantage capital européen, expertise opérationnelle et innovation africaine. Oliver Holle, président-directeur général et associé gérant de Speedinvest, explique : « en combinant notre présence locale à notre réseau européen d'opérateurs, notre expertise sectorielle et nos financements complémentaires, nous visons à aider les fondateurs à se développer à l'échelle régionale et internationale ».
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

La taille visée du véhicule donne aussi une idée de l’ambition. D’après la fiche projet de la BEI, l’opération s’inscrit dans un fonds dont le coût total estimé atteint 200 millions d’euros. Les 40 millions engagés par EIB Global jouent ainsi un rôle d’investisseur d’ancrage, susceptible d’attirer d’autres souscripteurs dans un contexte où la levée de fonds reste difficile sur les marchés émergents. Pour les acteurs de l’écosystème, ce type d’effet de levier est déterminant car il peut rassurer les investisseurs privés et relancer des tours de table devenus plus exigeants depuis le ralentissement mondial du capital-risque.
Autre dimension notable, la place accordée à l’inclusion. La BEI indique qu’au moins 30 % du capital du véhicule sera orienté vers des entreprises soutenant les femmes, qu’elles soient fondatrices, salariées ou consommatrices. Le fonds s’inscrit ainsi dans la logique du 2X Challenge, référence internationale en matière d’investissement sensible au genre. Dans un environnement où les fondatrices africaines restent encore sous-financées, ce critère pourrait peser dans la sélection des dossiers.
Cette opération s’inscrit par ailleurs dans une dynamique plus large. EIB Global a indiqué avoir engagé plus de 3 milliards d’euros en Afrique en 2025, dont plus de 350 millions d’euros dans de nouveaux fonds. À travers Speedinvest, l’institution européenne poursuit donc une stratégie de soutien aux entreprises innovantes, en cohérence avec la feuille de route Global Gateway, qui entend renforcer les partenariats économiques entre l’Europe et l’Afrique.
Pour la tech africaine, le message est clair. Bien que les investisseurs internationaux continuent de faire preuve de prudence dans un contexte mondial tendu, l’attrait pour la profondeur du marché africain, sa jeunesse démographique et sa capacité à produire des solutions adaptées aux besoins locaux reste fort. L’arrivée de 40 millions d’euros de la BEI chez Speedinvest ne résoudra pas, à elle seule, les défis de financement du continent. Mais elle confirme une tendance. Malgré les turbulences, l’Afrique reste un terrain stratégique pour le capital-risque international.
Muriel EDJO, Agence Ecofin