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Afrique du Sud : comment la compagnie nationale d'électricité a retrouvé le chemin de la stabilité

Photo de Espoir Olodo

Espoir Olodo, Agence Ecofin

Publié le 20 mai 2026 à 12:00

Le facteur de disponibilité énergétique est passé d’environ 54‑55 % en avril 2023 à plus de 64‑65 % début 2026.

Le facteur de disponibilité énergétique est passé d’environ 54‑55 % en avril 2023 à plus de 64‑65 % début 2026.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Le secteur électrique sud-africain fait face à des containtes structurelles depuis deux décennies environ. Longtemps en crise, le distributeur public Eskom connaît cependant une embellie ces derniers mois.

L'annonce par la compagnie nationale d’électricité Eskom d'avoir bouclé un record de 365 jours consécutifs sans un seul épisode de délestage (loadshedding), assurant 100 % de la demande électrique du pays sur la période, est une première depuis septembre 2018.

D’après le communiqué de la compagnie, cette performance est le résultat de plusieurs réformes. Depuis avril 2023, Eskom applique un « Generation Recovery Plan » centré sur la remise à niveau du parc de production, la discipline opérationnelle et la réduction des pannes imprévues. Le facteur de disponibilité énergétique (Energy Availability Factor, EAF) est ainsi passé d’environ 5455 % au lancement du plan à plus de 6465 % début 2026, grâce à la remise en service progressive de plusieurs unités de centrales à charbon, à de meilleurs programmes de maintenance et à une gestion plus rigoureuse des arrêts planifiés.

Dans le même temps, les arrêts non planifiés ont nettement baissé, signe d’une amélioration de la fiabilité technique du parc. L’entreprise, qui recourait massivement à des turbines de secours pour limiter l’ampleur des coupures, a réduit ses dépenses en diesel d’environ 26,9 milliards de rands (environ 1,4 milliard d'euros) depuis 2023.

« L’Afrique du Sud dispose désormais d’une plateforme électrique stable, ce qui permet une transformation ordonnée du secteur, car aucune libéralisation du marché de l’énergie dans le monde n’a réussi sans un opérateur historique stable », s’est félicité Dan Marokane, directeur général d'Eskom.

Une longue traversée du désert

Cette annonce a valeur de symbole pour la compagnie qui revient de loin. C’est en effet vers fin 2007 qu’elle a commencé à procéder plusieurs fois par jour à des coupures de courant délibérées. L’idée était de s’assurer que les centrales électricités au charbon vieillissantes et constamment en panne ne soient pas submergées par au point de déclencher un arrêt total du réseau. Si cette mesure a été sporadique sur la décennie suivante, les coupures ont drastiquement augmenté depuis 2018.

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De seulement 5 jours cette année-là, la durée des délestages est passée à 49 jours en 2021, puis à 205 jours en 2022, avant d’atteindre le triste record de 300 jours en 2023, plombant l’économie la plus industrialisée du continent, avec des impacts sur des secteurs stratégiques comme les mines et l’agriculture.

Des perspectives plus favorables pour 2026

La normalisation opérationnelle d’Eskom se reflète désormais dans ses comptes. Sur son exercice financier clos fin mars 2025, l'entreprise a enregistré un profit de 16 milliards de rands (environ 831 millions d'euros), contre une perte de 55 milliards de rands (environ 2,85 milliards d'euros) un an plus tôt, grâce à une baisse des taux d’intérêt, du niveau d’endettement et de la hausse moyenne des tarifs de l’électricité.

S’il s’agit de son premier bénéfice en 8 ans, la compagnie avait annoncé, le 28 novembre 2025, qu’elle anticipait également un bénéfice après impôt similaire d’ici la fin de son année financière en mars 2026. Elle a également présenté un plan d’investissement massif pour les années à venir.

Eskom envisage notamment d’engager près de 320 milliards de rands (environ 16,617 milliards d'euros) d’ici 2030 pour moderniser et étendre le réseau, avec pour objectif de porter la capacité électrique de 66 GW en 2024 à environ 107 GW à l’horizon 2034, en facilitant le raccordement de nouveaux projets privés, notamment dans le solaire et l’éolien.

Une bouffée d’oxygène pour l’économie, mais des défis à relever

La stabilisation d’Eskom change la donne pour l’ensemble de l’économie sud-africaine. Pendant des années, la compagnie publique a été un caillou dnas la chaussure pour la croissance : les délestages répétés ont pesé sur la productivité, freiné l’investissement et dégradé la confiance des entreprises.

En 2026, l’entreprise n’apparaît plus comme un facteur de risque systémique, mais comme un levier de reprise, en fournissant une énergie plus fiable et en réduisant l’incertitude opérationnelle pour l’industrie, les mines, les services et les ménages. Cette embellie se reflète aussi sur le plan macroéconomique. La nette amélioration récente des performances de l’entreprise a été l’un des éléments ayant conduit S&P Global Ratings à relever la note souveraine de long terme en devises étrangères de l’Afrique du Sud, la faisant passer de BB- à BB, une première en vingt ans.

Pour autant, les défis restent nombreux. D’abord, la transition vers un mix plus propre exigera des investissements lourds dans de nouvelles capacités renouvelables, des infrastructures de stockage (batteries, pompage-turbinage, etc;), ainsi que dans le renforcement des lignes de transport pour acheminer l’électricité depuis les zones les plus favorables au solaire et à l’éolien. Ensuite, la question des dettes impayées par les municipalités reste un point sensible. Ce fardeau financier a atteint 103,5 milliards de rands (environ 5,374 milliards d'euros) en août 2025.

« Aucune organisation ne peut survivre si elle n’est pas payée pour ses services. D’ici 2030, les arriérés dépasseront 300 milliards de rands », avait prévenu fin septembre Calib Cassim, directeur financier d’Eskom.

Espoir Olodo, Agence Ecofin

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