Le ministre gabonais de l’Agriculture, Pacôme Kossy, aux côtés de son homologue sénégalais Mabouba Diagne, lors d’une visite d’une installation avicole au Sénégal.
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Le Gabon se tourne vers le Sénégal pour bâtir sa souveraineté avicole
Le Gabon est un importateur net de viande de volaille. Le pays, qui ambitionne d’interdire ces achats dès l’année prochaine, multiplie les mesures pour renforcer les capacités de production locale.
La semaine dernière, le ministre gabonais de l’Agriculture, Pacôme Kossy, a effectué une mission de travail au Sénégal afin de s’inspirer du succès du pays de la Teranga dans le secteur avicole.
L’objectif affiché de cette démarche est de nouer un partenariat de coopération avec les autorités locales pour tirer le meilleur parti des bonnes pratiques qui ont permis à la filière sénégalaise de s’imposer comme l’une des plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest.
« Nous allons co-construire une filière performante en capitalisant sur notre expérience », a déclaré le ministre sénégalais de l’Agriculture, Dr Mabouba Diagne, selon un communiqué publié le 20 mars.
Des ambitions et des défis
Cette initiative s’inscrit dans un contexte où le Gabon prévoit d’interdire les importations de poulets de chair à compter du 1er janvier 2027. Un objectif ambitieux, qui constitue aussi un défi alors que la filière locale peine encore à satisfaire une demande en constante progression.
Les données compilées par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) montrent que le pays d’Afrique centrale a importé en moyenne près de 74 319 tonnes de viande de poulet entre 2020 et 2024, tandis que la production locale s’établissait à seulement 4 150 tonnes sur la même période.
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Face à ce changement réglementaire, la filière doit se structurer rapidement afin d’accroître ses capacités. Cela suppose la mise en place d’un écosystème capable de produire des volumes suffisants à des prix accessibles, reposant notamment sur des capacités locales solides en génétique, en alimentation animale et en santé vétérinaire.
Dans ce contexte, le partenariat avec le Sénégal pourrait permettre au Gabon de gagner du temps et de bénéficier de retours d’expérience sur l’organisation de la filière, la gestion des risques sanitaires, la structuration interprofessionnelle, ainsi que sur l’articulation entre politiques publiques et secteur privé.
En effet, au Sénégal, où les importations de produits avicoles sont interdites depuis 2005, l’industrie bénéficie d’un environnement favorable soutenu par les pouvoirs publics.
Au début des années 2010, des programmes de développement de la filière ont été engagés à la demande des professionnels. En 2013, l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a été créée, regroupant éleveurs, fabricants d’aliments, transformateurs, commerçants et distributeurs. Dotée d’un plan stratégique, elle joue un rôle central dans la coordination des maillons de la chaîne, l’amélioration des pratiques, la défense des intérêts du secteur et le dialogue avec l’État, contribuant ainsi au dynamisme de la filière.
Selon un rapport de l’Initiative Prospective Agricole et Rurale (IPAR), la production de poussins de chair a bondi de plus de 40% entre 2015 et 2019 pour atteindre 51,4 millions de sujets, tandis que celle des poussins de ponte a progressé d’environ 13% pour s’établir à 3,4 millions.
Des efforts déjà en cours
Au Gabon, l’appui attendu du Sénégal viendra compléter plusieurs initiatives déjà engagées par les autorités et le secteur privé. Sur le plan financier, la Banque pour le commerce et l’entrepreneuriat du Gabon (BCEG) a lancé début mars un Fonds crédit agricole à taux réduit (CATR), doté de 6,8 milliards FCFA (environ 10,3 millions d'euros), pour soutenir les projets agricoles et avicoles.
Ce mécanisme vise à faciliter l’accès au financement des agripreneurs, en combinant structuration, accompagnement technique et suivi des projets, avec l’appui du ministère de l’Agriculture. En janvier dernier, l’institution avait déjà accordé un prêt de 360 millions FCFA (548 000 euros) à l’entreprise BTF Farming pour développer la production avicole locale.
Plus tôt, en novembre 2025, le gouvernement a lancé un programme ambitieux visant à former 40 000 professionnels de la filière, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’élevage des poulets de chair à la transformation et à la distribution, en passant par la production et la commercialisation des poussins d’un jour.
Le 31 octobre, les autorités ont également conclu un accord avec le groupe algérien Graine International portant sur la création de sept fermes d’élevage, d’un couvoir et d’un abattoir industriel, avec pour objectif de dépasser 72 000 tonnes de viande de poulet par an d’ici 2027.