Au cours des dix dernières années, la transformation numérique de l’Afrique s’est accélérée. Avec la pandémie de Covid, les habitudes de consommation d’Internet de plusieurs millions d’Africains ont changé. La demande pour une connectivité Internet de qualité et accessible s’est accrue pour de nouveaux usages, propulsant la fibre optique à domicile au-devant de la scène.
Le Ghana est en passe de devenir le dixième pays africain où Group Vivendi Africa (GVA) déploiera ses services Internet à très haut débit fixe. Cette annonce a été confirmée lors d’une rencontre à Accra, le 23 octobre 2025, entre le président-directeur général de GVA, Jean-François Dubois, et le ministre ghanéen de la Communication, des Technologies numériques et de l’Innovation, Samuel Nartey George. Le projet prévoit un lancement commercial initial à Accra et Kumasi, avec une promesse claire : proposer de la fibre optique à la maison (FTTH) illimitée à des tarifs plus accessibles, en cohérence avec les objectifs du gouvernement.
GVA, filiale du groupe français Vivendi, s’est spécialisée dans le très haut débit grand public via sa marque CanalBox. Son modèle est simple : l’opérateur construit, exploite et commercialise ses propres réseaux FTTH dans les grandes villes africaines, puis vend des box Internet illimitées à un prix d’entrée agressif pour séduire rapidement les foyers urbains.
Double stratégie
Le Ghana revêt un caractère stratégique pour plusieurs raisons. Le pays compte environ 27 millions d’internautes, soit un taux de pénétration d’Internet de 80,7%, selon les données d’avril 2025 de l’Autorité nationale des communications (NCA). Toutefois, cet accès repose majoritairement sur l’internet mobile, qui représente 80,3% des connexions (contre seulement 0,42% pour le fixe), et il est considéré comme cher par rapport au revenu moyen. Lors d’un entretien accordé en juin 2025 à la Ghana News Agency, le ministre Samuel Nartey George déclarait qu’un gigaoctet (Go) de données mobiles coûtait environ 17 cedis (1,36 euro), un prix presque équivalent au salaire minimum journalier ghanéen de 19,97 cedis. Il jugeait cette situation intenable, y voyant une menace pour l’inclusion numérique.
Le gouvernement ghanéen agit donc sur deux fronts : baisser le coût des données mobiles et attirer des investisseurs capables de fournir du haut débit fixe illimité aux foyers. Samuel Nartey George a publiquement soutenu l’arrivée de GVA, affirmant s’engager « pleinement en faveur des initiatives visant à réduire les coûts des données et à étendre la connectivité par fibre optique à travers le Ghana. Si cette offre tient ses promesses, à savoir un accès Internet haut débit illimité à des tarifs compétitifs, je soutiendrai personnellement son déploiement ».
Pour les usagers, l’enjeu est concret : il s’agit de passer d’un internet mobile limité, acheté par petits forfaits quotidiens, à une connexion fixe et illimitée à la maison, permettant de travailler, regarder des vidéos, suivre des cours ou accéder aux services publics en ligne.
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La concurrence pour baisser les prix et innover
Pour GVA, le Ghana représente également une vitrine régionale. L’entreprise revendique aujourd’hui une présence dans neuf marchés africains, après des lancements récents en Ouganda (2023) puis au Bénin, où CanalBox est arrivé à Cotonou le 30 avril 2025 avant de s’étendre vers Abomey-Calavi. Elle est déjà active, notamment au Congo, en RDC, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Togo, au Rwanda et au Burkina Faso, avec plus de 40 000 km de fibre optique déployée. Le Ghana deviendrait le premier grand test de son modèle « fibre grand public à bas prix » en Afrique de l'Ouest anglophone.
Le signal politique envoyé par Accra est également clair : le haut débit fixe n’est plus un luxe, c’est une infrastructure économique. Le ministère présente désormais la connectivité abordable comme un pilier de la compétitivité nationale. Scancom PLC Ghana Limited (MTN) est actuellement le leader du segment de l’internet mobile et fixe, en nombre d’abonnés et part de marché. Telecel (ex-Vodafone Ghana) et AirtelTigo occupent respectivement la deuxième et troisième place. En encourageant l’entrée d’un nouvel acteur dans le contexte actuel du marché, le gouvernement ghanéen promeut une concurrence dont les impacts directs attendus sont une baisse des prix, une amélioration de la qualité de service et l’émergence d’offres innovantes. Samuel Nartey George associe d’ailleurs l’arrivée de GVA à une possible intégration avec Canal+, c’est-à-dire des forfaits combinant fibre et contenus premium destinés aux foyers. L’idée est de proposer une offre complète mêlant Internet et divertissement, capable de rivaliser à la fois avec les opérateurs mobiles et les câblo-opérateurs traditionnels.
L’arrivée de GVA au Ghana n’est cependant pas une garantie que ces différents impacts se matérialiseront de manière uniforme dans le pays. GVA reste concentré sur les grands centres urbains, où la majorité des contraintes techniques (accès aux poteaux électriques, mutualisation d’infrastructures, sécurité des câbles) peut être résolue. En revanche, dans les petites agglomérations et les zones rurales, où la demande en Internet de qualité et abordable est également croissante, un investissement conséquent sera nécessaire pour concurrencer les opérateurs de téléphonie mobile. A défaut, la pression de la concurrence demeurera insignifiante pour induire des changements sur le marché.