En marge des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale à Washington, les deux institutions ont acté un rapprochement destiné à structurer leurs échanges et à accompagner les réflexions africaines sur un filet de sécurité financier régional.
La Banque africaine de développement (BAD) et le Mécanisme européen de stabilité (MES) ont signé, le mercredi 15 avril à Washington, un protocole d’accord visant à renforcer leur coopération, à l’occasion des réunions de printemps du Fonds monétaire international et du Groupe de la Banque mondiale. L’initiative survient dans un contexte marqué par une multiplication des chocs économiques et financiers, qui ravive les débats sur les mécanismes de gestion de crise, en Europe comme en Afrique.
Concrètement, l’accord prévoit de structurer les échanges entre les deux institutions autour du renforcement des capacités, du partage de connaissances et de la recherche, ainsi que d’un dialogue technique régulier. Des séminaires conjoints, des échanges d’informations et des interactions entre les équipes sont également envisagés, dans le respect des cadres internes de chaque organisation.
Un rapprochement autour de la gestion des crises
Pour le Mécanisme européen de stabilité, créé au cœur de la crise de la zone euro pour soutenir les États membres en difficulté, ce partenariat constitue un moyen de partager son expertise. « Dans un monde de plus en plus sujet à des chocs fréquents, la préparation par la coopération est essentielle », a déclaré Pierre Gramegna, directeur général du MES. Selon lui, ce cadre permettra d’approfondir le dialogue avec la Banque africaine de développement sur des sujets tels que le financement de marché, la gouvernance ou encore la prévention et la gestion des crises.
Ce rapprochement s'effectue alors que les économies africaines restent exposées à une forte volatilité des conditions financières internationales, notamment dans un contexte de resserrement monétaire global et de hausse du coût de la dette. Selon un rapport publié le mardi 14 avril dernier par ONE Data, la plateforme de données de l’ONG ONE Campaign, les coûts d’emprunt sur le continent ont bondi de 91% entre 2020 et 2024. Une situation exacerbée par l’effet combiné de la pandémie de Covid-19, des tensions sur les taux d’intérêt mondiaux et des chocs géopolitiques.
Pour les partenaires européens, il s’agit aussi d’accompagner la montée en puissance d’institutions financières régionales capables de jouer un rôle stabilisateur.
Un appui aux ambitions africaines de stabilité financière
Du côté de la Banque africaine de développement, l’accord s’inscrit dans une dynamique visant à doter le continent d’instruments de gestion des crises comparables à ceux existant en Europe. « En formalisant notre coopération avec le Mécanisme européen de stabilité, nous renforçons notre capacité à nous inspirer des meilleures pratiques internationales », a indiqué Sidi Ould Tah, président du groupe de la BAD dans un communiqué.
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Cette coopération pourrait notamment nourrir les travaux en cours autour du projet de mécanisme africain de stabilité financière, une initiative soutenue par les chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine. L’enjeu est de combler un vide institutionnel : l’Afrique reste aujourd’hui la seule grande région à ne pas disposer d’un dispositif régional dédié à la gestion des crises financières.
Dans cette perspective, le partage d’expérience avec le Mécanisme européen de stabilité, qui intervient sur les marchés de capitaux et coordonne des programmes d’assistance financière, pourrait contribuer à accélérer la structuration d’un tel outil sur le continent. À terme, l’objectif est de renforcer la résilience des économies africaines face aux chocs externes et de limiter les risques de crises systémiques.