Comment le Gabon finance la protection de ses forêts sans alourdir sa dette

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Forêt tropicale gabonaise, un patrimoine naturel au cœur des enjeux climatiques.
Photo DR

Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin

Forêt tropicale gabonaise, un patrimoine naturel au cœur des enjeux climatiques.
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Le Gabon s’apprête à mobiliser 200 millions de dollars (environ 173 millions d’euros) pour renforcer la protection de ses écosystèmes terrestres, marins et d’eau douce d’ici 2030. Ce financement, en cours de finalisation, doit permettre de porter à au moins 30% la part des zones protégées sur le territoire.
Selon les éléments relayés cette semaine par Bloomberg, l’opération est pilotée par l’ONG américaine The Nature Conservancy, avec la participation de plusieurs partenaires internationaux, dont le Bezos Earth Fund, le World Wildlife Fund, le Pew Charitable Trusts et ZomaLab. Une lettre d’intention a déjà été signée, et les modalités techniques du dispositif ont été présentées aux autorités gabonaises.
Les fonds doivent être gérés par un mécanisme indépendant chargé de garantir leur affectation à des actions de conservation. Ils serviront à financer la protection de la biodiversité dans un pays où les forêts, qui couvrent 90 % du territoire, hébergent plus de la moitié des éléphants encore présents en Afrique, ainsi qu’une population significative de gorilles des plaines de l’Ouest.
Cette mobilisation financière intervient alors que le Gabon s’efforce depuis plusieurs années de préserver ses écosystèmes sans accroître sa dette.
En 2025, le pays a lancé le programme Gabon Infini, un plan décennal visant à protéger 34 000 km² de forêts. Cette initiative repose sur un modèle qui conditionne le versement des financements à la mise en œuvre de réformes environnementales.
Selon les premiers détails rapportés par la presse internationale, elle devait combiner 94 millions de dollars de financements externes, provenant notamment du Global Environment Facility (GEF) et du Bezos Earth Fund, et 86 millions de dollars de contributions publiques sur dix ans.
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Avant ce projet, le pays avait conclu en 2023, toujours avec l’appui de The Nature Conservancy, un financement sous la forme d’un échange dette-nature d’un montant de 500 millions de dollars. Ce mécanisme permet à un État de réduire une partie de sa dette en contrepartie d’engagements en matière de conservation.
Dans le cas du Gabon, cette opération a contribué à refinancer une partie de la dette publique tout en mobilisant des ressources pour la protection des écosystèmes marins. Elle constituait l’un des premiers exemples de ce type de montage en Afrique continentale.
Plusieurs pays du continent sont d’ailleurs actuellement en discussion avec The Nature Conservancy pour conclure ce type d’accords d’échange dette-nature. Selon Ademola Ajagbe, directeur Afrique de l’organisation, un premier accord pourrait être finalisé dès cette année 2026, tandis que deux autres sont attendus d’ici 2027.
L’approche développée par le Gabon arrive dans un contexte de besoins croissants en financements pour la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité. Malgré cela, l’Afrique ne capte qu’une part marginale des financements climatiques mondiaux, estimée à environ 1% des flux, selon plusieurs sources concordantes.
Pour mobiliser davantage de ressources, la diversification des mécanismes apparaît comme une piste crédible pour les pays africains, d’autant plus qu’elle permet de contourner certaines contraintes liées à l’endettement.
Pour le Gabon, l’enjeu sera désormais de traduire les différents efforts et engagements en financements effectifs et en résultats mesurables sur le terrain. En 2021, faut-il le rappeler, le pays est devenu le premier en Afrique à recevoir un paiement basé sur les résultats pour la réduction des émissions liées à la déforestation, dans le cadre d’un accord avec l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale.
Louis-Nino Kansoun, Agence Ecofin