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Renégociation des contrats pétroliers : Dakar n'exclut pas un recours arbitral contre BP et Woodside

Olivier de Souza, Agence Ecofin

Publié le 20 mai 2026 à 17:54

Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du COS Petrogaz.

Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du COS Petrogaz.

DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Entré dans l’ère pétrogazière depuis 2024, le Sénégal veut reprendre la main sur l’exploitation de ses ressources naturelles.

Le Sénégal hausse le ton face aux compagnies pétrolières internationales. Le 14 mai, Khadim Bamba Diagne, secrétaire permanent du Comité d’orientation stratégique du pétrole et du gaz (COS Petrogaz), a affirmé que Dakar n’écartait « aucune option », y compris un recours à l’arbitrage international, pour renégocier les contrats conclus avec BP et Woodside.

Cette sortie marque une nouvelle étape dans la stratégie engagée par le pouvoir sénégalais depuis l’arrivée au pouvoir du président Bassirou Diomaye Faye en 2024. Pendant la campagne présidentielle, l’actuel exécutif avait promis un audit des contrats miniers, pétroliers et gaziers afin d’évaluer les accords signés avec les groupes étrangers et d’augmenter les retombées économiques pour l’État.

Quelques semaines après l’investiture du chef de l’État, le gouvernement avait annoncé la création d’un comité chargé d’examiner les contrats conclus dans les secteurs stratégiques. L’objectif affiché était d’évaluer la place accordée à « l’intérêt national » dans ces accords et d’identifier d’éventuels ajustements.

Depuis, le discours officiel s’est progressivement durci. En mars 2026, le Premier ministre Ousmane Sonko expliquait que le Sénégal ne voulait plus « signer des concessions à des partenaires et se donner rendez-vous dans 25 ans ». Dakar indique désormais vouloir définir d’abord sa stratégie énergétique et industrielle avant de choisir les opérateurs appelés à exploiter les ressources du pays.

Des projets stratégiques au cœur des tensions

Les autorités sénégalaises concentrent aujourd’hui leurs critiques sur les grands projets en mer qui structurent l’industrie pétro-gazière nationale. Woodside exploite le champ pétrolier de Sangomar, premier projet ayant fait entrer le Sénégal dans le cercle des producteurs de pétrole en juin 2024. Le site vise une production d’environ 100 000 barils par jour.

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BP pilote de son côté le projet gazier transfrontalier Greater Tortue Ahmeyim (GTA), développé avec la Mauritanie. La première phase de production a démarré en 2025 avec une capacité estimée à environ 2,3 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an. À terme, plusieurs phases supplémentaires doivent porter la capacité du complexe à plus de 10 millions de tonnes annuelles.

Pour Dakar, les contrats actuellement en vigueur ne reflètent plus les nouveaux enjeux économiques du secteur. Khadim Bamba Diagne estime que les accords conclus pour des périodes allant de 30 à 50 ans doivent être corrigés rapidement afin d’éviter que des déséquilibres ne s’installent durablement.

Le responsable sénégalais critique un modèle dans lequel les pays africains supportent les coûts environnementaux et sociaux tandis que les compagnies étrangères captent l’essentiel des bénéfices. Il a notamment mis en avant les conséquences de l’exploitation offshore sur la pêche, secteur qui fait vivre entre 600 000 et 700 000 Sénégalais.

La flambée des prix des hydrocarbures renforce également la position du gouvernement. Dakar considère que les majors profitent pleinement de la hausse des cours mondiaux et estime que l’État sénégalais doit lui aussi bénéficier davantage de cette nouvelle configuration du marché énergétique.

Le précédent Woodside et le risque d’un bras de fer durable

Cette offensive intervient toutefois dans un climat déjà tendu avec Woodside. En juin 2025, le groupe australien a saisi le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) dans le cadre d’un contentieux fiscal portant sur environ 68 millions de dollars. L’entreprise conteste des redressements réclamés par l’administration sénégalaise après un audit fiscal lié au projet Sangomar.

Pour les autorités sénégalaises, l’enjeu dépasse désormais les seuls différends contractuels. Le pouvoir cherche à poser les bases d’une nouvelle doctrine de gouvernance des ressources naturelles, avec l’ambition d’accroître les revenus captés par l’État et de mieux aligner l’exploitation des hydrocarbures sur les priorités économiques et sociales du pays.

Olivier de Souza, Agence Ecofin

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