Portée par près de 3 000 milliards de dollars d’avoirs et un afflux de capitaux venus de Chine continentale, Hong Kong a dépassé la Suisse comme premier centre mondial de gestion de fortune offshore. Une bascule géoéconomique majeure, qui rebat les cartes de la finance privée mondiale.
Cette inversion de hiérarchie s’inscrit dans une vague plus large. La richesse financière mondiale a atteint 305 000 milliards de dollars en 2024, les actifs financiers ont progressé de plus de 8 % et les flux transfrontaliers ont accéléré, avec l’Asie-Pacifique parmi les régions les plus dynamiques.
La différence ne tient donc pas seulement à la taille des encours. Elle reflète un changement de direction des flux : l’argent neuf se dirige davantage vers les hubs asiatiques que vers les places européennes historiques.
Les ultrariches chinois utilisent Hong Kong comme sas
Le ressort principal de cette bascule est chinois. Une part décisive de la clientèle offshore de Hong Kong vient de Chine continentale, où l’accumulation de richesse dans la tech, l’industrie et l’immobilier a fait émerger une nouvelle génération de grandes fortunes cherchant à diversifier leurs avoirs hors du continent.
Pour ces clients, Hong Kong sert de sas. La place permet d’accéder à des portefeuilles en devises fortes, à des structures patrimoniales internationales et à des produits mondiaux, sans rompre complètement avec l’environnement chinois. La HKMA met d’ailleurs en avant l’extension des dispositifs de connectivité avec le continent, du Wealth Management Connect aux outils destinés aux investisseurs offshore sur les marchés onshore chinois.
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Cette fonction d’interface est la vraie force de Hong Kong. La ville offre à la fois la proximité linguistique, la fluidité opérationnelle et une architecture financière encore très lisible pour les fortunes de Chine continentale qui veulent sécuriser une partie de leur patrimoine sans l’envoyer directement en Europe ou aux États-Unis.
La Suisse recule grâce à la transparence fiscale
La Suisse ne s’effondre pas. Elle reste une puissance majeure de la banque privée, mais son avantage historique a été rongé par la transparence fiscale, l’échange automatique d’informations et la pression politique occidentale contre l’opacité patrimoniale.
La fédération Swiss Banking elle-même explique que pour mesurer la compétitivité réelle de la place, il faut regarder les estimations de BCG sur les avoirs privés étrangers, plus parlantes que les seules statistiques de garde de la Banque nationale suisse. Elle rappelait encore récemment que la Suisse gérait autour de 2 000 milliards de dollars d’avoirs privés étrangers en 2016 selon BCG, preuve d’un leadership ancien mais désormais contesté.
Le mouvement est donc moins un effondrement suisse qu’un décrochage relatif face à la nouvelle richesse asiatique. La Suisse conserve des clients diversifiés, une expertise de long terme et un fort capital de confiance, mais elle n’est plus l’évidence automatique pour les fortunes émergentes.
Autrement dit, le nouveau numéro un mondial de l’offshore se développe dans un environnement où le risque politique augmente. Un durcissement du contrôle de Pékin, une extension des restrictions sur les flux de capitaux, ou une dégradation de la confrontation financière entre la Chine et les États-Unis pourraient changer brutalement l’équation pour les banques privées comme pour leurs clients.
C’est ce qui distingue encore Hong Kong de la Suisse. La place asiatique croît plus vite, mais elle est beaucoup plus exposée à la rivalité stratégique sino-américaine, au risque de sanctions financières et à la politisation croissante des circuits de capitaux.
Singapour, Dubaï, Londres : les autres hubs profitent aussi de la recomposition
La nouvelle carte de la richesse offshore ne se résume pas à un duel. Singapour s’est imposé comme le grand hub alternatif en Asie, avec environ 1 500 milliards de dollars d’actifs transfrontaliers, loin derrière Hong Kong et la Suisse, mais avec une image de stabilité politique qui séduit une partie des fortunes asiatiques.
Dubaï avance sur un autre registre, plus patrimonial que strictement bancaire, en combinant fiscalité attractive, immobilier international et rôle de plateforme entre le Golfe, l’Asie et l’Afrique. Londres, de son côté, reste un centre universel de marché et de gestion d’actifs, même si la banque privée offshore au sens classique se déplace plus franchement vers l’Asie.
Onshore / offshore : de quoi parle-t-on exactement ?
Dans la gestion de fortune, « onshore » désigne les actifs gérés dans le pays de résidence fiscale du client. « Offshore » désigne les avoirs gérés dans une autre juridiction, le plus souvent pour diversifier les risques, accéder à d’autres produits financiers, préparer une transmission ou organiser un patrimoine international. La distinction est importante : un client chinois qui place une partie de ses avoirs à Hong Kong entre dans la logique offshore ; un client suisse qui garde ses actifs en Suisse reste dans l’onshore. C’est cette finance transfrontalière, très concentrée entre les patrimoines les plus élevés, qui sert ici de baromètre de puissance géoéconomique.