LA TRIBUNE DIMANCHE — Donald Trump menace l'Europe de surtaxes douanières. Dans cette guerre commerciale, faut-il rendre coup pour coup ?
FRANÇOIS VILLEROY DE GALHAU — On observe effectivement une grande brutalité du côté américain. Donald Trump semble nourrir cette vision fausse selon laquelle l'économie mondiale est un jeu à somme nulle. Il la voit comme un plateau de Monopoly, avec une fixation sur les déficits commerciaux : ce que gagnent les uns, ce serait forcément ce que perdent les autres. Non ! Le commerce, c'est échanger des idées, des talents, des produits pour créer ensemble de la richesse. Il ne faut pas répondre à cette brutalité par la passivité ou la fatalité, mais par la volonté. Sur le plan commercial, il faut sans doute instaurer un rapport de force pour nous mettre en position de négocier. Mais surtout, ne manquons pas cette occasion de réveiller et de renforcer l'Europe.
Concrètement, ça veut dire quoi ?
Il y a trois accélérateurs économiques majeurs dans les rapports Draghi et Letta - trois « i » : « intégrer » davantage le marché unique européen, qui pèse autant que le marché américain mais est trop cloisonné. Ensuite, « investir » mieux, grâce à l'épargne privée. Aux États-Unis, les entreprises se financent essentiellement par fonds propres. En Europe, elles recourent surtout au crédit bancaire et obligataire. Or le financement de l'innovation, plus risqué, nécessite d'abord du capital. Troisième réforme essentielle, justement : « innover » plus vite, en simplifiant le fardeau des normes.