La Banque centrale européenne plaide pour confier à l’Autorité européenne des marchés financiers la coordination de la surveillance des plus grands gestionnaires d’actifs afin de combler les « angles morts » nationaux et de renforcer la stabilité financière.
La Banque centrale européenne (BCE) plaide pour une surveillance plus intégrée des plus grands gestionnaires d’actifs opérant en Europe, tels que BlackRock et Amundi, afin d’éliminer les éventuels « angles morts » de la supervision nationale, ont indiqué vendredi des économistes de l’institution.
Dans une note publiée sur son blog, la BCE propose que l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) coordonne les contrôles exercés par les superviseurs nationaux sur les 10 à 15 plus grands gestionnaires d’actifs, dont le total des encours atteint 6 300 milliards d’euros. Selon les auteurs de la note, « un cadre de supervision plus européen renforcerait à terme la résilience du secteur, contribuant à préserver les flux de crédit et de liquidités vers l’économie en période de tensions financières. » La note précise toutefois qu’elle ne reflète pas nécessairement la position officielle de la BCE.
Cette initiative s’inscrit dans un projet plus large de la BCE visant à développer des marchés de capitaux européens plus intégrés, capables de financer la croissance économique de l’Union européenne (UE) et de renforcer sa compétitivité face aux États-Unis et à la Chine.
Importance systémique
Créée après la crise financière mondiale de 2007-2008, l’ESMA a jusqu’ici concentré sa supervision sur les chambres de compensation et les agences de notation, jouant surtout un rôle d’établissement de normes. La BCE entend élargir son périmètre à la gestion d’actifs, un secteur dont l’importance systémique croît rapidement.
La concentration des acteurs et leur implantation dans des places financières comme le Luxembourg ou l’Irlande rendent la surveillance nationale incomplète, avertissent les experts de la BCE. « La fragmentation de la surveillance à l’échelle nationale laisse place à des angles morts en matière de supervision qui pourraient être corrigés par une supervision intégrée », soulignent-ils dans la note.
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Au cours de la dernière décennie, les actifs gérés par les fonds européens ont presque doublé, dépassant 20 000 milliards d’euros. Le secteur a ainsi investi massivement dans des activités que les banques ont réduites ou abandonnées sous la pression d’une réglementation plus stricte mise en œuvre après la crise financière mondiale.
15 % des bilans des banques traditionnelles
Les grands gestionnaires d’actifs européens opèrent largement au-delà des frontières, ce qui complique le suivi de leur exposition par les autorités nationales. Leur lien avec le secteur bancaire est également étroit : Amundi appartient à Crédit Agricole, DWS est détenu par Deutsche Bank, et BNP Paribas Asset Management relève de BNP Paribas. Une étude distincte de la BCE publiée cette semaine estime que les gestionnaires d’actifs financent environ 15 % des bilans des banques traditionnelles de la zone euro et représentent près de 10 % du total des actifs bancaires.
Pour la BCE, une coordination européenne de la supervision permettrait donc de mieux anticiper les risques systémiques et de sécuriser les flux financiers cruciaux en période de stress économique. Les autorités nationales, réticentes à céder le contrôle sur des marchés sensibles, pourraient ainsi bénéficier d’une vision globale de l’exposition et des interactions entre gestionnaires d’actifs et institutions bancaires.