Pourquoi le dollar boucle sa pire année depuis 2017
latribune.fr
Le billet vert boucle 2025 sur un recul de 10 %, sa pire année depuis 2017. Plombé par les tarifs Trump et la baisse des taux de la Fed, il perd son statut de valeur refuge. Un séisme monétaire qui profite à l'euro et au yen.
La monnaie américaine enregistre un recul historique de près de 10 % en 2025, plombée par la politique tarifaire de Donald Trump. Ce désamour des investisseurs marque une rupture avec son statut traditionnel de valeur refuge.
L’hégémonie du billet vert vacille sur les marchés de change. Au terme de l’année 2025, le dollar américain s’apprête à signer sa contre-performance annuelle la plus brutale depuis sept ans. Les indices de référence, notamment le Bloomberg Dollar Index et le DXY, actent une chute comprise entre 9 % et 10 %. Ce repli massif face à un panier de devises majeures — euro, yen et livre sterling en tête — traduit un basculement profond des flux de capitaux mondiaux, loin des actifs libellés en dollars des États-Unis.
Le choc Trump et le spectre de la stagflation
Le principal moteur de cette dépréciation historique réside dans la stratégie commerciale agressive de la Maison-Blanche. Les tarifs douaniers imposés par Donald Trump tout au long de l’année 2025 ont agi comme un puissant répulsif pour les investisseurs internationaux. Le durcissement opéré en avril avec l’introduction de taxes douanières tous azimuts a constitué le point de rupture. En un seul mois, le billet vert a dévissé de plus de 4 %, une chute corrélée à l’émergence de craintes de stagflation.
Le marché sanctionne une politique économique jugée erratique qui menace de combiner une croissance anémique et une inflation persistante. Plus frappant encore, le dollar a failli à sa mission historique : lors des pics de tension liés à la guerre commerciale, il n’a pas joué son rôle de protection. Au lieu de se renforcer dans l’incertitude, il a reculé, prouvant que la confiance dans l’indépendance de la Réserve fédérale (Fed) et dans la qualité de la gouvernance économique américaine est désormais un facteur de risque majeur.
La Fed et l’érosion du différentiel de taux
Parallèlement aux tensions politiques, le cycle monétaire de la Fed pèse lourdement sur la valorisation de la monnaie. Les marchés intègrent désormais la poursuite d’un cycle de baisse des taux directeurs. Pour les géants de Wall Street tels que Morgan Stanley, Goldman Sachs, Deutsche Bank et JPMorgan, le verdict est unanime : l’attrait pour le dollar s’érode à mesure que l’écart de rendement avec l’Europe ou le Japon se réduit.
Le mécanisme est mécanique. Les rendements réels des actifs américains diminuent, incitant les gestionnaires de fonds à redéployer leurs capitaux vers des régions où les banques centrales maintiennent ou durcissent leur politique monétaire. Ce rééquilibrage mondial des portefeuilles entretient la glissade du billet vert au profit des grandes devises internationales.
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Un repli plus modéré mais persistant
L’année à venir ne devrait pas marquer de rebond spectaculaire. Si les analystes de Wall Street prévoient une poursuite de la baisse, ils anticipent un mouvement plus contenu que celui de 2025. Les scénarios dominants tablent sur un repli supplémentaire de 3 % à 5 % sur les principaux indices dollar.
Dans ce contexte, le marché des changes pourrait connaître un retour en force du « carry trade ». L’euro, le yen et la livre sterling apparaissent comme les principaux bénéficiaires de cette nouvelle donne. De même, certaines monnaies de pays émergents offrant des taux d’intérêt plus attractifs, à l’instar du réal brésilien ou de plusieurs devises asiatiques, devraient continuer de capter les flux sortants du marché américain.
Une Fed divisée, un dollar en apesanteur La publication, ce mardi, du compte rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale n'a pas provoqué le séisme redouté sur les places financières. Si le billet vert s’est adjugé une hausse symbolique de 0,20 % face à l’euro (s'échangeant à 1,1750 dollar), sa progression reste bridée par les fractures internes des gouverneurs américains. Les « minutes » de la Fed confirment en effet un consensus précaire : la majorité des membres prône la poursuite des ajustements à la baisse des taux pour 2026 afin de soutenir une économie sous pression ; une minorité influente préfère temporiser, redoutant un rebond inflationniste lié aux tensions commerciales. Cette indécision laisse les investisseurs dans l'expectative d'un cycle monétaire incertain, interdisant pour l'heure tout rebond durable de la devise américaine.