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Souveraineté monétaire : le plan de Bruxelles pour imposer l’euro face au dollar

latribune.fr

Publié le 16 février 2026 à 15:05

Bruxelles veut relancer l'intégration européenne en levant les barrières commerciales et en misant sur l'euro comme monnaie de référence.

Bruxelles veut relancer l'intégration européenne en levant les barrières commerciales et en misant sur l'euro comme monnaie de référence.

Reuters

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Face à l’imprévisibilité de la politique américaine et à l’hégémonie de la Chine, la Commission européenne abat ses cartes. De la création d’un « 28e régime » juridique à la mobilisation de 10 000 milliards d’épargne, voici les leviers activés pour transformer la monnaie unique en puissance financière globale.

L’intégration européenne reste un chantier inabouti. Selon les données du FMI, les barrières commerciales internes à l’Union européenne pèsent encore l’équivalent d’un droit de douane de 44 % sur les biens et de 110 % sur les services. Pour Bruxelles, la suppression de ces obstacles est le premier levier de compétitivité. L’objectif : rendre le marché européen plus fluide pour inciter les acteurs mondiaux à produire et facturer en euros.

Dans cette optique, la Commission propose l’instauration d’un « 28e régime ». Ce cadre juridique unique et optionnel permettrait aux entreprises opérant sur l’ensemble du bloc de s’affranchir des 27 législations nationales. Ce choc de simplification vise à réduire drastiquement les coûts de conformité et l’insécurité juridique qui freinent aujourd’hui les investisseurs étrangers.

10 000 milliards d’euros pour les secteurs critiques

Le volet financier repose sur la mobilisation de l’épargne européenne. Actuellement, environ 10 000 milliards d’euros « dorment » sur des comptes bancaires. L’accélération de l’Union des marchés de capitaux (UMC) doit permettre de flécher cette manne vers les secteurs de souveraineté : énergies vertes, numérique, défense et semi-conducteurs. La pertinence est ici vitale : il s’agit de retenir les champions européens qui, faute de fonds, partent se coter au Nasdaq.

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Pour stabiliser l’édifice, Bruxelles mise sur une harmonisation bancaire totale. Un système européen commun de garantie des dépôts offrirait la même protection aux épargnants partout dans l’Union. Si la mesure est structurelle, elle reste politiquement sensible, certains pays du Nord craignant de devoir éponger les fragilités bancaires du Sud.

Vers un marché obligataire comparable aux « treasuries »

L’un des piliers de la domination du dollar réside dans la profondeur du marché des titres de dette souveraine. Pour concurrencer ce modèle, la Commission préconise une émission accrue de dette commune, sur le modèle de NextGenerationEU. L’enjeu est de créer un marché d’actifs sûrs et liquides, capables de servir de monnaie de réserve pour les banques centrales mondiales.

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Ce renforcement passerait par une mutation du Mécanisme européen de stabilité (MES). Aujourd’hui simple pompier financier, le MES deviendrait une institution européenne chargée de gérer la dette commune et de fournir un filet de sécurité à l’ensemble du bloc, dépassant le périmètre strict de la zone euro.

La bataille technologique de l’euro numérique

La souveraineté se joue désormais sur le terrain des paiements. Alors que deux tiers des transactions numériques en Europe sont traités par Visa et Mastercard, le lancement d’un euro numérique devient une priorité. Ce moyen de paiement public et gratuit vise à briser la dépendance technologique envers les prestataires américains.

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Parallèlement, Bruxelles veut investir le champ des actifs tokénisés. Aujourd’hui, 90 % du marché des stablecoins est adossé au dollar. Le développement de stablecoins et de dépôts tokenisés libellés en euros est jugé indispensable pour éviter que les capitaux européens ne continuent de financer la dette américaine au détriment des actifs du Vieux Continent.

L’euro comme arme de facturation et de stabilité

Pour accroître la demande structurelle, l’exécutif européen pousse à l’utilisation systématique de l’euro dans la facturation de l’énergie (gaz, pétrole), des matières premières et de la défense. Cette stratégie s’accompagne d’un encouragement des pays tiers à émettre leur propre dette en euros, renforçant ainsi l’influence géopolitique de la zone.

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Enfin, la BCE vient de valider un pilier majeur de cette internationalisation. À partir du troisième trimestre 2026, son dispositif de liquidités deviendra mondial et permanent. En agissant comme prêteur en dernier ressort pour les banques centrales étrangères, la BCE garantit l’accès à la monnaie unique même en période de stress. Ce « filet de sécurité » de 50 milliards d’euros vise à ancrer l’euro comme une valeur refuge incontestable face au billet vert.

Les mesures proposées par Bruxelles

Voici les mesures proposées par la Commission européenne qui seront examinées par les 21 ministres de la zone euro.

1. SUPPRIMER LES BARRIÈRES COMMERCIALES INTERNES dans l’Union européenne (UE), qui, selon le Fonds monétaire international (FMI), équivalent actuellement à un droit de douane de 44 % sur les biens et de 110 % sur les services.
2. LE « 28e RÉGIME », c’est-à-dire l’introduction d’une loi unique pour les entreprises opérant dans l’ensemble du bloc, afin que toutes fonctionnent selon des règles identiques, conçues par Bruxelles, plutôt que selon 27 législations nationales.
3. UN SYSTÈME DE GARANTIE DES DÉPÔTS BANCAIRES À L’ÉCHELLE DE L’UE afin que les épargnants du bloc bénéficient de la même protection, quelle que soit la banque dans laquelle ils placent leur argent.
4. CRÉER UNE UNION DES MARCHÉS DE CAPITAUX, qui permettrait d’investir quelque 10 000 milliards d’euros immobilisés dans des dépôts bancaires des pays de l’UE dans des secteurs qui en ont besoin, tels que les énergies vertes, les technologies numériques, la défense et la sécurité, l’industrie aérospatiale, les semi-conducteurs ou les biotechnologies.
5. TRANSFORMER le Mécanisme européen de stabilité (MES), le dispositif européen de gestion des crises financières, en une institution européenne qui gérerait également la dette commune de l’UE et fournirait un filet de sécurité à tous les pays du bloc, et pas seulement à ceux de la zone euro.
6. ÉMETTRE DAVANTAGE DE DETTE COMMUNE afin d’approfondir le marché obligataire de l’UE et d’accroître la liquidité des instruments libellés en euros, ce qui rendrait la devise européenne plus attractive pour les grands investisseurs et en tant que monnaie de réserve pour les banques centrales.
7. LANCER UN EURO NUMÉRIQUE, qui permettrait aux citoyens européens de payer leurs achats en ligne avec leur propre système de paiement sans avoir à dépendre des sociétés américaines Visa et Mastercard, qui traitent actuellement environ deux tiers de toutes les transactions numériques en Europe.
8. DÉVELOPPER DES ACTIFS NUMÉRIQUES ADOSSÉS À L’EURO, tels que les stablecoins et les dépôts tokenisés. Plus de 90 % du marché des stablecoins est actuellement adossé au dollar américain, ce qui attire les investissements vers les États-Unis et contribue à financer la dette américaine plutôt que celle de l’Europe.
9. PROMOUVOIR L’UTILISATION DE L’EURO COMME MONNAIE DE FACTURATION pour les paiements liés au pétrole, au gaz, à l’électricité, aux transports, aux matières premières et à la défense et utiliser la devise européenne dans les instruments de crédit à l’exportation.
10. ENCOURAGER L’ÉMISSION DE DETTE LIBELLÉE EN EUROS par des pays tiers.
11. La BCE a annoncé samedi son intention d’élargir L’ACCÈS À SON DISPOSITIF DE LIQUIDITÉS EN EUROS, le rendant accessible à l’échelle mondiale à d’autres banques centrales et aux acteurs du marché, en particulier ceux qui émettent des dettes en euros ou facturent leurs transactions en euros.

(Avec Reuters)

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