Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, se montre plus ouvert au développement des stablecoins en Europe alors que les États-Unis ont donné un sérieux coup d’accélérateur avec l’adoption du Genius Act. Les initiatives européennes sont encore timides mais les mentalités évoluent vite chez les régulateurs et les banquiers.C’est une brusque accélération du temps dans l’univers des cryptoactifs. En accord avec le tempo donné par les États-Unis où une série de décrets présidentiels ont été pris, visant à asseoir un leadership américain mondial sur les stablecoins, ces cryptoactifs dont la caractéristique est d’avoir une parité fixe par rapport à une devise, en l’occurrence le dollar (dans 99 % des cas). À commencer par le Genius Act, adopté l’été dernier et qui instaurant un cadre juridique pour les stablecoins.
Une ambition à la fois technologique – accompagner l’économie numérique – et politique en voulant maintenir la domination du dollar et trouver accessoirement de nouveaux débouchés pour placer les bons du Trésor américain, généralement utilisés comme collatéraux des stablecoins.
Un enjeu stratégique
Jusqu’ici, l’Europe était plutôt spectatrice inquiète de ces mouvements tectoniques. Mais les lignes commencent à bouger peu à peu. Dans une tribune publiée cette semaine dans le Financial Times, le gouverneur de Banque d’Angleterre (BoE), David Bailley a reconnu qu’il serait vain de s’opposer aux stablecoins « par principe », tout en reconnaissant qu’ils pourraient créer une nouvelle concurrence pour les banques commerciales en matière de crédit.
La semaine dernière, dans un entretien accordé au Grand Continent, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, fait également un (grand) pas en avant. À propos du stablecoin, le gouverneur déclare en effet que « l’Europe et ses banques ne pourront éviter la question d’un étage privé de la monnaie tokenisée. Techniquement, deux instruments existent : des stablecoins en euros, et/ou des « dépôts tokenisés ». Mon propos ici n’est pas de choisir, mais de souligner le risque potentiel si aucune de ces deux solutions n’est développée en Europe ». En clair, le banquier central estime que les monnaies numériques privées seront indispensables pour assurer une fluidité monétaire en zone euro, mais aussi pour défendre la souveraineté européenne face aux ambitions américaines.