Des pièces d’or sont présentées dans la boutique locale de l’orfèvre Axel Harbaum-Neuhaus à Bonn, en Allemagne, le 21 octobre 2025, alors que les prix de l’or augmentent et que beaucoup échangent leurs possessions en or.
Plusieurs enseignes d’achat d’or affirment que certains types de pièces peuvent être exonérés d'impôt en cas de vente de moins de 5 000 euros.
Après une hausse de 65 % du cours de l’or, de nombreux Français ont échangé leurs Louis d’or et autres Napoléons contre une jolie somme. Un passage en caisse qui implique le paiement d’une taxe prélevée directement sur le prix de vente du métal jaune.
Officiellement, un vendeur a deux options pour payer ses impôts sur son or. Toutes les pièces d’or créées après 1800 sont considérées comme des métaux précieux et sont donc soumises à la taxe sur les métaux précieux (11,5 % du prix de la pièce) ou à la taxe sur la plus-value (36,2 % sur le bénéfice puis dégressif).
Mais certains vendeurs d’or comme Lingor ou AuCoffre mettent en avant une troisième option bien alléchante : une exonération totale de taxes.
Des pièces qui ne sont pas classées de la même manière
Cet avantage fiscal concernerait deux types de pièces et uniquement pour des ventes inférieures à 5 000 euros.
Les pièces modernes ayant cours légal
Les Britannia du Royaume-Uni, les Krugerrands sud-africains, les Maple Leaf canadiens et autres pièces frappées par des banques centrales ont encore cours légal dans leur pays d’origine. « Ce sont des devises et donc, selon notre interprétation, elles sont classées comme des biens meubles et non des métaux précieux », avance Jean-François Faure, fondateur du site d’achat d’or AuCoffre. Un type de bien qui bénéficie de la sacro-sainte exonération selon le Bulletin officiel des finances publiques (Bofip).
Une personne tient une pièce Britannia, ayant encore cours légal. (Crédits : awa/ - REUTERS - ANGELIKA WARMUTH - Angelika Warmuth)
Les jetons
Ces pièces – non pas créées par une banque centrale mais directement par un vendeur d’or – sont, elles, « rattachées au régime fiscal des “bijoux et assimilés” », affirme Lingor sur son site. Une qualification qui permet, là encore, aux vendeurs de ne pas payer de taxe si le montant de leur vente ne dépasse pas 5 000 euros.
Photo de jetons "Leon" d’une once, fabriqués par Lingor. (Crédits : Lingor)
Deux interprétations de la loi qui sont loin de faire l’unanimité.
« Aucune jurisprudence ne prouve que l’administration ne considère pas ces types de pièces comme des métaux précieux. Donc, selon moi, elles ne bénéficient d’aucune exonération de taxe », répond Me Didier Majerowiez, avocat fiscaliste indépendant.
Pourtant, cette ristourne fiscale avantageuse est utilisée comme un véritable argument commercial par certains vendeurs. Lingor avance même, sur son site, qu’en investissant dans ses jetons « Leon », un investisseur peut « faire jusqu’à 52 cessions par an inférieures à 5 000 euros, totalement défiscalisées. Soit revendre jusqu’à 260 000 euros d’or par an avec zéro taxe. »
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L’administration fiscale contredit les agences
Une seule solution permet de garantir que l’administration fiscale ne viendra pas sonner à votre porte : solliciter un rescrit fiscal.
Cette demande officielle de prise de position des agents fiscaux peut faire office de protection en cas de contrôle. Sauf que « nous n’avons jamais obtenu de réponse », regrette le gérant d’une boutique. Un scénario qui serait très fréquent selon nos sources. Sollicité par La Tribune sur ce sujet, le ministère des Finances n’a, lui non plus, pas donné suite. « La loi est tellement floue qu’un contrôleur à Paris peut valider cette exonération quand un autre agent à Marseille peut la refuser », regrette un expert en fiscalité.
Et ce n’est pas sans conséquence ! Si une réponse de l’administration fiscale arrive après une vente et contredit la légalité de l’exonération, un épargnant s’expose à un redressement fiscal. « Il devra payer une pénalité de 25 % sur l’impôt non perçu lors de la vente, ainsi qu’une majoration de 0,20 % par mois de retard et même une pénalité de 40 % si l’administration fiscale considère qu’il y a un manquement avéré », précise l’avocat Didier Majerowiez. Une telle sanction dépendra, toutefois, de la personne qui a acheté l’or.
Le choix de l’acheteur déterminant pour la fiscalité
Si un épargnant vend ses pièces à un acheteur particulier, c’est au vendeur de déclarer la transaction dans les trois mois suivant cette dernière. C’est donc lui qui risque de recevoir la visite des contrôleurs des impôts.
En revanche, s’il vend son or à une boutique physique ou en ligne, c’est l’entreprise qui est tenue responsable de collecter la taxe et qui peut donc subir les foudres de Bercy. « Nous avons justement eu un contrôle de l’administration fiscale, en 2012. Les agents nous ont accusés d’utiliser l’exonération pour les ventes de pièces de moins de 5 000 euros à tort. Sauf qu’après avoir donné nos arguments, avec l’aide de nos avocats, ils nous ont donné raison », confie Jean-François Faure.
Une bataille judiciaire qui permet au fondateur d’AuCoffre d’affirmer que « nous pouvons appliquer cette exonération sans crainte de nous faire sanctionner. »
De son côté, Lingor a sollicité la Direction de la législation fiscale, « qui a reconnu que, de facto, nos jetons bénéficient aussi de cette exonération », affirme son fondateur François Simon. En revanche, la boutique basée à Nantes se montre beaucoup plus frileuse sur la qualification des monnaies à cours légal et refuse d’y appliquer la ristourne fiscale. « Nous allons demander une clarification sur ce type de pièce cette année », précise le commerçant. Une action chronophage à laquelle de nombreuses boutiques préfèrent ne pas s’atteler.
Si les entreprises d’achats d’or affirment que leurs clients ne risquent rien puisqu’ils sont légalement responsables, «les textes sont tellement ambigus que, théoriquement, rien n’empêche l’administration fiscale d’attaquer le vendeur après avoir contrôlé l’acheteur », met en garde l’avocat Didier Majerowiez. « Faux », répond François Simon qui assure que dans le cadre de la taxe sur les métaux précieux « seuls les intermédiaires de la transaction peuvent faire l’objet d’un redressement fiscal. »