Le parlement norvégien a voté la pause de la politique de désinvestissement éthique du plus gros fonds d’investissement au monde. Un symbole qui dit beaucoup du recul de la finance et de l’Europe sur les questions environnementales et sociétales.Donald Trump aurait-il fait plier le plus gros fonds d’investissement du monde? C’est le bruit qui monte après le vote, mardi, du parlement norvégien en faveur d'une pause dans la politique de désinvestissements de son fonds souverain. Concrètement, cela signifie qu’à la veille de la COP30, l’organisme public qui gère 1 800 milliards d’euros d’actifs a décidé de ne plus vendre ses actions dans des entreprises jugées problématiques pendant toute une année. Ce, pour qu’il ait le temps de mettre à jour ses lignes directrices éthiques.
Revenons un peu en arrière.
Les règles d’investissement du fonds - créé en 1990 pour faire fructifier les revenus pétroliers du pays - ont été introduites pour la première fois en 2004. Elles interdisent au portefeuille géré par la Banque centrale de Norvège d’investir dans des entreprises liées aux armes nucléaires, au tabac, aux violations des droits humains ou encore à la destruction de l'environnement. Le fonds a d'ailleurs plusieurs fois été amené à vendre ses participations dans entreprises en infraction avec ses lignes directrices. En 2020, il a vendu ses participations dans Glencore et Anglo American, deux entreprises minières exploitant des mines de charbon. En août dernier, il s’est aussi désinvesti de 11 entreprises israéliennes impliquées dans la guerre à Gaza et a revendu ses parts de l’Américain Caterpillar en raison de l’utilisation de ses bulldozers par les autorités israéliennes dans l’enclave palestinienne.
Et ses actions, notamment sur les questions climatiques, ne sont pas sans conséquences.
« C’est le plus gros fonds de pension au monde, donc il donne le son de cloche aux autres fonds d’investissement », confie à La Tribune Lucie Pinson, directrice de Reclaim Finance.
La peur de Donald Trump
Sauf que cette politique pourrait à présent menacer la pérennité du fonds qui finance actuellement 25 % des dépenses publiques. « Selon les lignes directrices éthiques actuelles en matière d'exclusion, nous devons nous préparer à ne plus être en mesure d'investir dans les plus grandes entreprises du monde », a mis en garde Jens Stoltenberg, le ministre des finances du pays. Le fonds pourrait notamment devoir revendre des actions d’Amazon, Alphabet et Microsoft puisqu’elles donnent à Israël un accès quasi généralisé à leurs technologies de cloud et d'intelligence artificielle pour le traitement de données et la surveillance.