OPINION. Crypto : le retard des banques françaises est flagrant
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/FW1FP/Mark Potter - REUTERS - REUTERS - Dado Ruvic
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Par Tangi Le Calvez, fondateur de la plateforme GOin.
L'écosystème crypto français aborde un tournant décisif. Alors que plusieurs fintechs tricolores s'imposent à l'international, nos grandes banques traditionnelles peinent à rattraper leur retard, au risque de voir le marché français très largement capté par les acteurs étrangers. Face à ce déséquilibre, une seule voie s'impose : l'alliance entre la solidité institutionnelle et l’agilité entrepreneuriale des nouveaux entrants.
Banques françaises : un réveil tardif
Ces derniers mois, plusieurs établissements bancaires français - Société Générale Forge, Caceis (Crédit Agricole) ou Banque Delubac - ont décroché un agrément de Prestataire de Services sur Crypto Actifs dans le cadre du règlement européen MiCA, leur permettant d’offrir, partout dans l’UE, des services sécurisés et régulés sur les marchés de crypto-actifs. C’est le signe encourageant d'un début d'alignement sur les standards européens. Mais le chemin à parcourir reste long.
A ce jour, les grandes institutions financières françaises développent des capacités institutionnelles de conservation de crypto-actifs, mais seul le groupe BPCE commence tout juste de proposer une offre retail crypto en France.
Notre retard dans l'accès aux marchés crypto est flagrant face à des acteurs étrangers particulièrement offensifs. Nous assistons ainsi à la montée des néo-banques étrangères avec Revolut ou Trade Republic qui conquièrent des millions d'utilisateurs en proposant, entre autres services innovants, une expérience crypto fluide et intégrée. Dans le même temps, BlackRock domine les ETF crypto avec ses ETF Bitcoin et Ether, totalisant près de 100 milliards de dollars d’actifs gérés à la mi-octobre. Dans le reste de l’Europe, Deutsche Bank, ZKB ou ING renforcent aussi leurs services crypto. Et, tout récemment, Kraken et Deutsche Börse Group ont annoncé un partenariat stratégique visant à offrir un accès unifié aux marchés des actifs traditionnels et numériques… On voit que l’écart se creuse avec les banques françaises malgré un cadre réglementaire pionnier instauré dès 2019 par la loi Pacte.
Start-up françaises : des locomotives sans relais
Par contraste, la vitalité des acteurs crypto français est manifeste. L'écosystème hexagonal compte plus de 200 entreprises spécialisées regroupées au sein de l'ADAN. Mais, en dépit de progrès récents, de nombreux acteurs rapportent encore des difficultés d’accès aux services bancaires en France, documentées par les enquêtes ADAN/KPMG ou les rapports ACPR-AMF.
Chaque semaine, les clés pour comprendre les marchés financiers.

Plusieurs fintechs illustrent pourtant le potentiel de collaborations réussies. Deblock, fondée par d'anciens cadres de Revolut et Ledger, ou Paytend proposent aux acteurs crypto des IBAN dédiés et des cartes permettant l'usage quotidien des crypto-actifs. De tels partenariats technologiques permettent aux banques d'accélérer significativement leur mise sur le marché, là où un développement interne nécessiterait des investissements et des délais beaucoup plus importants.
La technologie est disponible, rodée et conforme : manquerait-il la volonté stratégique des grands groupes bancaires pour l'activer ?
L'alliance banques-start-up : un impératif stratégique
L'avenir du secteur repose sur la capacité des banques traditionnelles à rattraper leur retard et des start-up crypto à passer à l'échelle. Ni les banques sans l'agilité des acteurs crypto natifs, ni les start-up, sans l'appui des institutions, ne pourront prétendre au leadership européen. C'est cette rencontre entre solidité institutionnelle et innovation de terrain qui permettra de combler le fossé avec les États-Unis et l'Asie.
Les banques françaises disposent d'atouts majeurs : confiance historique des clients, infrastructures de conformité robustes, accès au financement institutionnel. Les start-up crypto apportent l'agilité technologique, la connaissance des usages et la capacité à innover rapidement. Ensemble, elles peuvent créer l'offre de référence européenne en matière de services crypto — custody, trading, stablecoins, tokenisation d'actifs réels.
Urgence d'agir
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Face à la concurrence internationale et à la nécessité de protéger notre innovation, l'urgence est claire. Pendant que les acteurs européens se mobilisent, les banques françaises demeurent en retrait. La France ne peut plus se permettre d'être à la traîne pendant que ses voisins construisent les champions de demain. Il est temps de franchir le pas, de rejoindre les initiatives européennes mutualisées, de catalyser la synergie entre institutions et acteurs crypto, et de faire émerger de véritables leaders du numérique financier.
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