COP30 : en Amazonie, un consensus minimal pour sauver la coopération climatique
latribune.fr
Lula a assumé, juste avant la COP, la délivrance d'un permis d'exploration pétrolière au large de l'Amazonie, tout en appelant à une " feuille de route " vers la sortie des fossiles.
REUTERS - Adriano Machado
Réunis à Belém, près de 200 pays ont adopté un accord climatique limité, sans plan de sortie des énergies fossiles. Un résultat décevant pour l’Europe mais salué par plusieurs délégations, dans une année dominée par les rivalités géopolitiques.
Près de 200 pays réunis en Amazonie brésilienne ont adopté samedi à la COP30 un modeste consensus sur l’action climatique, sans plan de sortie des énergies fossiles. Un résultat décevant pour l’Europe mais salué par plusieurs délégations, dans une année dominée par les rivalités géopolitiques. Les États-Unis étaient le seul grand pays absent à Belém.
« La communauté internationale avait le choix : continuer ou abandonner. Nous avons choisi la première option », a déclaré Luiz Inácio Lula da Silva, le président brésilien, en marge du G20 à Johannesburg, affirmant que « le multilatéralisme a [vait] gagné ». À Belém, l’ambiance était toutefois moins euphorique. Les Européens ont admis avoir préféré un compromis imparfait à l’implosion du principal forum de coopération climatique.
« Nous ne cacherons pas que nous aurions préféré avoir davantage », a reconnu le commissaire européen Wopke Hoekstra, visiblement épuisé après la dernière nuit de négociations. « Je sais que c’est un peu intangible, mais faire les choses ensemble a une énorme valeur », a-t-il insisté, assumant un résultat « en deçà des attentes européennes, mais nécessaire pour préserver la dynamique collective ».
Une seule référence indirecte à la sortie des énergies fossiles
Le texte adopté par les 194 pays membres de l’accord de Paris et l’Union européenne ne comporte qu’une référence indirecte à la sortie des énergies fossiles, en renvoyant à la décision prise à Dubaï lors de la COP28. Lula n’est pas parvenu à rallier les pays pétroliers, du Nord comme du Sud, ni les grandes économies émergentes à un message commun ambitieux.
Les pays en développement ont en revanche obtenu un engagement appelant à tripler l’aide financière destinée à leur adaptation d’ici 2035, une ligne rouge pour les plus vulnérables. Pour la Chine, la COP30 est « un succès dans une situation très difficile », selon le négociateur Li Gao. L’Inde, l’Afrique du Sud et la Russie ont également salué les travaux de Belém. Pékin et ses alliés des économies émergentes ont arraché une première : l’instauration d’un « dialogue » sur le commerce mondial en lien avec le climat, une référence explicite aux critiques visant les taxes carbone aux frontières, notamment européennes.
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Comme promis par Lula, cette COP a plongé les délégués dans la réalité amazonienne : chaleur moite, averses violentes, tentes climatisées fragilisées par les intempéries et, jeudi, un incendie qui a intoxiqué plusieurs personnes. Dix ans après l’accord de Paris, l’humanité continue pourtant d’augmenter sa consommation de pétrole, de charbon et de gaz. Depuis Tuvalu, menacé par la montée du Pacifique, jusqu’à la Jamaïque, frappée par un ouragan historique, les pays les plus exposés ont exprimé leur colère face à l’inaction mondiale et réclamé davantage de moyens.
L’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C est désormais hors d’atteinte
Lula, octogénaire, se voulait un pont entre Sud et Nord. Il a assumé, juste avant la COP, la délivrance d’un permis d’exploration pétrolière au large de l’Amazonie, tout en appelant à une « feuille de route » vers la sortie des fossiles. Une ligne qui a galvanisé les États favorables à la transition rapide, sans parvenir à renverser l’opposition déterminée de l’Arabie saoudite, de l’Inde ou encore de la Russie.
La COP de « la vérité » a au moins confirmé un constat : l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C est désormais hors d’atteinte. Les onze dernières années ont été les plus chaudes jamais mesurées. L’ONU et le président du Giec appellent à réduire au maximum la durée du dépassement, qui pourrait se compter en décennies.
En revanche, le Brésil a tenu sa promesse d’une COP « des peuples ». Des dizaines de milliers de militants, autochtones, syndicats et organisations de la société civile ont défilé à Belém le 15 novembre, une première depuis Glasgow en 2021. Le président de la COP30, André Correa do Lago, a interrompu les négociations pour dialoguer plusieurs heures avec des représentants autochtones ayant bloqué l’entrée du site. Sa photo portant un bébé autochtone dans ses bras a fait le tour du monde. Reste que l’incendie survenu en fin de semaine et la frustration européenne marqueront aussi la mémoire de cette première COP amazonienne.