Sur l'île d'Oléron, une trentaine de bateaux du port de La Cotinière sont restés à quai début 2025, conformément aux restrictions de pêche pour protéger les cétacés.
Près de 300 navires seront interdits de pêche durant un mois cet hiver et pour la troisième année consécutive dans le Golfe de Gascogne afin de réduire la mortalité des dauphins et marsouins. D'ici là, les professionnels doivent embarquer des technologies mesurant leur impact sur les cétacés. La collecte de données permettra de trancher sur le maintien ou non de la fermeture en 2027.
Les ports de pêche de l'Atlantique seront de nouveau en arrêt forcé cet hiver. En vertu d'une décision du Conseil d'Etat et d'un règlement européen, la pêche sera interdite dans le Golfe de Gascogne du 22 janvier au 20 février 2026. 274 navires de plus de huit mètres sont concernés, équipés de filets, chaluts et sennes-pélagiques particuliers et causant des captures accidentelles de cétacés.
L'interdiction est prononcée pour le troisième et dernier hiver consécutif selon le règlement en vigueur. Proposée initialement en 2023 par le ministre de la Mer puis confirmée par la plus haute juridiction française, celui-ci vise à diminuer la mortalité du grand dauphin, du dauphin commun et du marsouin commun. Sa reconduction pour 2027 n'est pas encore décidée.
« Cette fermeture est très efficace, le bilan scientifique de Pelagis [l'institut référent sur les cétacés, ndlr] montre une réduction de 60 % des captures accidentelles », commente le cabinet du ministère de la Mer et de la Pêche. Les scientifiques n'établissent pas pour autant clairement le lien entre baisse de la mortalité et fermeture partielle de la pêche. « Il n'est pas possible de manière simple d'évaluer la réduction des captures induites par la fermeture », écrivent les universitaires, notamment à cause des conditions fluctuantes de courants marins qui peuvent empêcher l'échouage des carcasses.
Causes multiples
L'observatoire basé à La Rochelle a estimé le nombre de dauphins morts à 690 entre le 22 janvier et le 20 février 2025, soit la période de restriction de la pêche, et à 2 940 entre le 1er décembre 2024 et le 31 mars 2025, dont 1 900 dues aux captures accidentelles des engins de pêche. Or, selon les données actualisées, 4 700 décès auraient été causés en moyenne chaque hiver pour les années 2017 à 2023, quand la règlementation n'était pas encore en place.
Pour maintenir un état de conservation favorable des espèces, le Conseil international pour l'exploration de la mer évaluait à 4 900 individus le nombre de cétacés morts à ne pas dépasser sur la zone Atlantique Nord-Est, dans un avis rendu en 2020.
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Si les causes de cette mortalité restent multiples (nouvelles migrations avec le changement climatique, pollutions, trafic maritime...), la régulation des navires de pêche s'est imposée dans les esprits. Un coup d'arrêt qui frappe l'économie de la pêche : l'Etat chiffre ainsi à 14,5 millions d'euros le manque à gagner pour les pavillons, soit 50 000 euros par embarcation, et à 20 millions supplémentaires l'impact pour la filière.
Effaroucher les cétacés
D'où la nécessité pour les entreprises de pêche de diminuer et mesurer leur impact sur la biodiversité marine. Les solutions technologiques existent avec en particulier les dispositifs d'effarouchement tels que les pingers Pifil accrochés sous la coque et les balises sur les filets. Les caméras sous-marines sont aussi déployés pour mesurer la présence des dauphins et marsouins.
Si des expérimentations sont menées, la flotte française est appelée à s'équiper au plus vite. « La priorité c'est d’être capable d’avoir un échantillonnage de navires suffisant afin de collecter au plus vite de la donnée. On ne se positionnera pas pour 2027 sans élément scientifique probant. L'hiver 2026 sera extrêmement important », prévient le cabinet du ministère.
Selon l’État, seuls 110 fileyeurs sont équipés en pingers, 27 en balisés et une centaine de fileyeurs ou chalutiers en caméras. Largement insuffisant pour mesurer les conséquences globales de la pêche sur la zone. Le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins appelle quant à lui à la mobilisation des financements publics pour équiper la flotte.
Le coût est relativement peu élevé au regard des estimations fournies par l'organisation : 3 600 euros pour les pingers et 350 euros pour les balises en moyenne par navire.
« Les pêcheurs ont rempli leurs engagements avec sérieux et responsabilité. Pour préparer l’avenir, ils ont désormais besoin d’une visibilité réelle afin de pouvoir envisager, dans de bonnes conditions, une réouverture en 2027. La filière souhaite continuer à travailler, à progresser et à protéger le milieu, mais une décision claire est indispensable pour permettre à chacun de se projeter », estime le président du comité national des pêches, Olivier Le Nézet.