Les marchés agricoles mondiaux sous tension face aux risques énergétiques

L'indice FAO des prix des céréales a progressé de 2,6 % en mai par rapport à avril et de près de 5 % sur un an.
TK/AS - REUTERS - Todd Korol

L'indice FAO des prix des céréales a progressé de 2,6 % en mai par rapport à avril et de près de 5 % sur un an.
TK/AS - REUTERS - Todd Korol
La guerre au Moyen-Orient fait désormais sentir ses effets bien au-delà des marchés énergétiques. Si les prix mondiaux des denrées alimentaires sont restés globalement stables en mai, cette apparente accalmie masque des tensions croissantes sur plusieurs produits agricoles stratégiques. Dans le même temps, le Programme alimentaire mondial (PAM) alerte sur une dégradation rapide de la sécurité alimentaire dans les pays les plus fragiles, sous l’effet conjugué de la flambée des coûts de l’énergie, des perturbations logistiques et du manque de financements humanitaires.
Selon les dernières données publiées par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), son indice des prix alimentaires a reculé de 0,2 % sur un mois en mai. Sur un an, il demeure toutefois en hausse de 2,9 %, porté notamment par les conséquences du conflit au Moyen-Orient sur les marchés de l’énergie.
Derrière cette stabilité d’ensemble, les céréales poursuivent leur remontée. L’indice FAO des prix des céréales a progressé de 2,6 % en mai par rapport à avril et de près de 5 % sur un an. Le blé affiche une hausse mensuelle de 3,4 %, soutenue par des perspectives de récoltes dégradées chez plusieurs grands exportateurs. Aux États-Unis, les cultures de blé d’hiver ont connu des conditions jugées « parmi les moins favorables depuis des décennies ».
« Alors que les marchés mondiaux de matières premières agricoles sont restés globalement résilients, la hausse des prix des céréales révèle une vulnérabilité aux risques météorologiques et aux perturbations des marchés de l’énergie » et des matières premières, souligne Boubaker Ben-Belhassen, directeur de la division Marchés et commerce de la FAO.
L’organisation s’inquiète également des conséquences potentielles des tensions géopolitiques sur les flux commerciaux. « L’incertitude qui se prolonge autour des grandes routes commerciales, dont le détroit d’Ormuz, pourrait entraîner un moindre recours aux engrais et une pression supplémentaire sur les prix alimentaires, ce qui met en évidence le besoin d’une action internationale coordonnée », ajoute-t-il.
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Les prévisions de production renforcent ces inquiétudes. Après une campagne 2025-2026 record, la FAO anticipe une baisse de 2 % de la production mondiale de céréales pour la saison 2026-2027, à 2,982 milliards de tonnes, principalement en raison d’un recul attendu des récoltes de blé. Le maïs n’échappe pas aux tensions : son prix a progressé de 1,9 % en mai, porté par une offre plus limitée au Brésil et aux États-Unis ainsi que par la demande croissante d’éthanol. À l’inverse, les huiles végétales ont reculé de 4,6 %, tandis que le sucre s’est envolé de 7,5 %, sous l’effet des besoins du secteur des biocarburants et des craintes liées aux conditions climatiques en Inde et en Thaïlande.
Pour le PAM, ces tensions sur les marchés agricoles ne sont que la partie visible d’une crise plus profonde. L’agence onusienne estime que le scénario qu’elle redoutait au printemps est en train de se matérialiser : avec un pétrole proche de 100 dollars le baril, jusqu’à 45 millions de personnes pourraient basculer dans une insécurité alimentaire aiguë.
L’Afghanistan, la Somalie et le Sri Lanka figurent parmi les pays les plus exposés. En Somalie, 6,5 millions de personnes, soit près d’un tiers de la population, pourraient être confrontées à une grave famine en 2026. En Afghanistan, ce chiffre atteindrait 17,4 millions d’habitants.
La situation est aggravée par les difficultés logistiques. En Somalie, les navires évitent certaines escales en raison des perturbations du trafic maritime dans l’océan Indien. Des stocks alimentaires du PAM demeurent bloqués au port de Salalah, à Oman. En Afghanistan, l’explosion des prix du carburant a multiplié par cinq les coûts de transport de l’aide humanitaire et allongé les délais d’acheminement de 10 à 75 jours.
Faute de ressources suffisantes, le PAM se prépare en outre à réduire de 1,5 million le nombre de bénéficiaires de son assistance cette année. Une équation préoccupante au moment où les tensions géopolitiques, climatiques et énergétiques convergent pour remettre sous pression la sécurité alimentaire mondiale.
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