En Occitanie, première région viticole bio de France, les conversions sont pour la première fois en recul et les déconversions jusqu’ici marginales prennent de l’ampleur.
Alors que le salon Millésime bio, rendez-vous annuel de la planète des vins bio, ouvre ses portes à Montpellier ce 26 janvier, La Tribune donne la parole à des viticulteurs découragés qui renoncent à leur certification bio et à d’autres qui, malgré les difficultés, veulent encore y croire et démarrent leur conversion en bio.
Le salon Millésime bio, grande messe annuelle de la planète des vins bio, se tient à Montpellier du 26 au 28 janvier. Un rendez-vous qui intervient dans un contexte chahuté pour le secteur, exposé à des impacts du climat géopolitique mondial et à un phénomène de déconsommation de vin.
Malgré des ventes en hausse de 7 % sur l’année 2024, le marché des vins bio est en souffrance. La dynamique des conversions observée depuis 2019 a conduit à une augmentation massive de la production qui engorge le marché. Les surfaces de viticulture en bio ont doublé en six ans alors que les ventes n’ont progressé que de 50 %. Résultat : les conversions sont pour la première fois en recul en Occitanie, première région viticole bio de France, et les déconversions jusqu’ici marginales prennent de l’ampleur.
Simon Amielle, viticulteur sur 38 hectares à Vauvert (Gard), jette l’éponge. Certifié bio depuis sept ans, il vient de prendre la décision de repasser en culture conventionnelle.
« Ce n’était plus tenable, je travaillais comme un fou pour maintenir des rendements corrects mais ma coopérative n’avait pas de débouchés pour les vins bio, raconte-t-il. Sur les 45 000 hectolitres qu’elle produit, seuls 1 000 hectolitres étaient en bio. C’était trop peu pour que ces raisins soient vinifiés à part, ce qui aurait engendré des surcoûts. J’étais rémunéré comme si j’étais en conventionnel. »
Autre écueil : le passage d’outils intercep, qui permet d'entretenir les vignes et est notamment utilisé pour le travail du sol entre les rangs et autour des pieds de vigne. Indispensable en culture bio pour remplacer les désherbants chimiques, il malmène ses vignes : « Le passage de ces engins abîme les vignes âgées, et j’ai vu mon vignoble se raréfier peu à peu. J’ai voulu arrêter cette hémorragie car en réduisant la durée de vie d’un vignoble, on augmente ses coûts de production. Et replanter une vigne coûte très cher ».
« Peut-être que je reviendrai au bio plus tard »
Enfin les nouvelles contraintes sur la limitation des doses de cuivre et la réduction du nombre des spécialités à base de cuivre autorisées pour le traitement contre le mildiou par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) ont fini de le convaincre : « Au lieu d’aider les viticulteurs en bio, on les pénalise avec des contraintes aberrantes. Nous limiter à 4 kilos de cuivre par hectare et par an, c’est l’assurance de perdre une récolte sur deux », soutient-il.
Dès la prochaine campagne, le viticulteur gardois revient au conventionnel en respectant le cahier des charges Haute Valeur Environnementale (HVE).
« J’utiliserai le désherbage chimique uniquement sous le rang afin d’éviter les dommages causés par l’intercep. Peut-être que je reviendrai au bio plus tard quand le marché sera plus porteur », projette-t-il.
Lionel Delsol, viticulteur près de Pézenas (Hérault), a pris la même décision l’an dernier. Son calcul est, lui, purement économique.
« Quand nous sommes passés en bio en 2018, nous avons intégré une personne de plus pour travailler nos 24 hectares de vigne, explique-t-il. Les premières années, le prix du bio était 20 à 30 % plus cher que celui des vins conventionnels et couvrait donc ce surcoût. A partir de 2023, le prix s’est aligné sur celui des vins conventionnels. Financièrement, ça ne passait plus. On travaillait 40 heures par semaine en se payant moins que le SMIC. On s’épuisait. »
Alors même s'il s’était converti au bio « par conviction », le viticulteur est repassé en conventionnel en 2025. Les raisons qui le confortent dans ce choix ne manquent pas : « Quand je vois les restrictions d’utilisation de certains produits cupriques qui s’appliqueront dès 2026 (limitation à 4 kg/ha, intervalle de 7 jours entre deux traitements, emploi interdit durant la floraison, zone de non-traitement de 20 m à 50 m en bordure des cours d’eau, NDLR), je me dis qu’on a plutôt bien fait. Nous continuons à travailler nos vignes sans désherbant chimique, mais nous nous autorisons les produits de synthèse pour la protection contre le mildiou afin de sécuriser nos récoltes ».
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Le bio par conviction
A l’inverse, Sylvain Durand et son épouse Mélina Tailleur, font partie des rares viticulteurs qui ont récemment décidé de démarrer une conversion en bio. En 2024, Mélina, aidée par son mari, reprend un domaine de 7,5 hectares à Oupia dans l’Hérault, exploité dans la famille de Sylvain depuis six générations. Le père de Sylvain avait déjà arrêté tout désherbage chimique mais continuait à utiliser des intrants chimiques pour la fertilisation et la protection du vignoble.
« Nous avons opté pour le bio par conviction et pour la beauté du geste : pour nous, c’est un mode de culture qui fait sens, raconte le couple. Mais nous avons bien conscience que financièrement, nous ne serons pas mieux rémunérés, même si le bio demande plus de travail. Pour le moment, nous vendons l’essentiel de la production en vrac et notre courtier nous a bien dit qu’il n’y avait aucun marché en bio. On sait qu’on devra vendre notre production au prix du conventionnel. »
Le couple estime que pour une petite exploitation comme la leur, sans personnel, « c’est jouable » : « Ce sera des heures de travail en plus. Nos rendements sont restés corrects la première année de conversion. Et à terme, on espère développer nos ventes en bouteilles et obtenir une meilleure valorisation. On veut encore y croire ».
Le label bio, un atout pour vendre
Dans le Minervois, Elian Escande est également convaincu que le bio est incontournable pour les vignerons en cave particulière comme lui. Installé en 2023 sur un domaine familial de 7 hectares, avec son père, il a d’abord quitté la cave coopérative pour faire son propre vin, s’est essayé pendant un ou deux ans aux pratiques de l’agriculture biologique, avant de démarrer sa conversion en 2025.
« Le label bio est bien perçu par la clientèle, et dans mon cas, il valide la démarche agro-environnementale que je mets en œuvre pour aller plus loin que le bio, soutient-il. Nous commercialisons toute notre production en bouteilles pour un tiers, sur des circuits courts dans une gamme de prix de 10 à 14 euros la bouteille, le reste étant distribué chez les cavistes et restaurants. C’est le meilleur moyen de valoriser notre production. » .