L'alcool est-il has been ? Le sujet agite l'écosystème viticole... Confrontés à une baisse de la consommation de vins, notamment des vins rouges, les professionnels de la filière sont nombreux à s'interroger et s'enquérir de solutions pour séduire les jeunes générations et recruter de nouveaux consommateurs. En Occitanie notamment, le cluster Vinseo, qui regroupe une centaine de fournisseurs des vignerons et des caves, se penche sur le sujet.
Pour Vincent Pugibet, vigneron au domaine de la Colombette, à Béziers, l'alcool est effectivement en train de passer mode... Le vigneron prêche pour sa paroisse : pionnier de la désalcoolisation des vins, qu'il a initié dans les années 2000 avec des vins légers en alcool, il est plus récemment passé aux vins sans alcool.
«Je n'y croyais pas et faire du zéro alcool, ça ne me faisait pas rêver,raconte-t-il. Mais nous avions de la demande, on a voulu essayer. J'ai été surpris de voir décoller les ventes. Aujourd'hui, les vins sans alcool représentent 30 % de mes ventes, soit 1 million de cols. En 2024, ils affichent une croissance de 25 % sur ses plus gros marchés. Et 2025 s'annonce encore meilleure. Ce produit est un formidable relais de croissance car il permet de recruter de nouveaux consommateurs qui ne boivent pas de vin, mais y viendront peut-être un jour, car ils s'habituent au goût du vin, qui peut rebuter quand on n'est pas initié.»
Nicolas Palierne, docteur en sociologie et spécialiste des usages sociaux de l'alcool, confirme que la consommation d'alcool en France, qui n'a cessé de baisser depuis les années 1960, s'explique avant tout par une diminution des consommations de vin : transformation des repas ordinaires, durcissement de la législation en termes de sécurité au travail et sur les routes, intérêt plus grand pour les questions de santé, de diététique et d'environnement... Les causes de cette désaffection sont multiples. Le vin aliment est devenu un vin agrément, avec pour conséquence un effondrement de la part des buveurs quotidiens de vin (51 % en 1981, 11 % en 2022) et l'augmentation de la part des non-consommateurs de vin (19 % en 1981, 37 % en 2022).