La flambée des engrais menace la stabilité agricole européenne
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Déjà fragilisés par le conflit en Ukraine, les agriculteurs voient leurs coûts s'envoler.
AB/DN - REUTERS - Antonio Bronic
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Déjà fragilisés par le conflit en Ukraine, les agriculteurs voient leurs coûts s'envoler.
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La guerre au Moyen-Orient met les céréaliers européens à rude épreuve. Entre blocage du détroit d’Ormuz et plan européen pour réduire les importations russes, le prix des engrais connaît une envolée qui alarme le secteur.
Déjà fragilisés par le conflit en Ukraine, les agriculteurs voient leurs coûts s’envoler. Quelque 30 % des engrais mondiaux transitent habituellement par le détroit d’Ormuz, dont le blocage a provoqué une nouvelle flambée des cours. Le prix des engrais azotés, dérivés du gaz naturel, a ainsi grimpé d’environ 20 % en Europe en un mois, frôlant les 500 euros la tonne.
« L’été dernier, je m’approvisionnais à 330 euros la tonne, cet hiver à 380 euros et depuis que ça a pété en Iran, ça monte encore. Le contexte est très lourd », confie Amaury Poncelet, céréalier dans le centre de la Belgique.
Face à cette crise, la France et plusieurs autres Etats membres appellent la Commission européenne à agir rapidement. Après une visioconférence avec une quarantaine de pays, l’Italie a ainsi réclamé un « corridor humanitaire » pour permettre le passage des engrais dans le détroit stratégique. Une réunion à haut niveau est prévue le 13 avril pour évaluer la situation.
Pour Luc Vernet, du think tank Farm Europe, la situation résulte d’une « conjonction » de chocs : la guerre en Iran et le plan européen visant à cesser l’importation d’engrais russes en raison de l’invasion de l’Ukraine. « Les céréaliers, gros consommateurs de fertilisants, indispensables pour obtenir des rendements suffisants, ne gagnent plus leur vie depuis trois ans », rappelle-t-il, soulignant la baisse des surfaces de céréales cultivées – environ 300.000 hectares en moins depuis 2022 en France, mis en jachère ou abandonnés.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Bruxelles temporise. La Commission européenne, qui promet un plan d’action pour les engrais au mois de mai, a déjà « pris des mesures pour aider les agriculteurs », avec une suppression temporaire des droits de douane sur les engrais, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin « d’atténuer fortement son impact ».
Remettre en cause cette taxe carbone aux frontières (CBAM), en place depuis le 1er janvier, est toutefois exclu. La Commission redoute que cela ouvre une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l’électricité et l’hydrogène. Une suspension pénaliserait aussi les producteurs européens qui tentent d’accroître leur production, alors que l’UE importe actuellement 60 % des engrais qu’elle consomme.
Le choc actuel démontre que le « maintien » d’une production européenne est « stratégiquement crucial », insiste le lobby des producteurs. La Commission assure « suivre en permanence l’évolution des prix », en menant une stratégie de diversification des approvisionnements et de « renforcement de la capacité de production » européenne. Le plan de mai devra répondre « aux vulnérabilités structurelles et aux déséquilibres du marché ».
L’Union cherche également à développer des alternatives décarbonées, mais la route est longue. « Des grands projets de fabrication d’engrais » par électrolyse « ont été abandonnés », car trop coûteux, note Luc Vernet, citant l’arrêt d’une initiative autrichienne, baptisée « Green Ammonia Linz ». D’autres techniques, utilisant par exemple du biométhane, sont testées, mais à petite échelle.
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