La Tribune Dimanche — Le typhon Bavi, l’un des plus puissants à toucher Taïwan, a-t-il été amplifié par le phénomène El Niño ?
PHILIPPE DROBINSKI — Bavi a atteint le stade de « super-typhon » le 8 juillet, soit le niveau le plus élevé. Ce que nous savons, c’est qu’El Niño peut effectivement influencer l’activité cyclonique dans le Pacifique Nord-Ouest, mais il ne suffit pas à expliquer une telle intensité que celle observée chez Bavi. Concrètement, El Niño va modifier les vents dans l’atmosphère et ainsi déplacer vers l’est la formation des cyclones.
Puisqu’ils se déplacent ensuite de l’est vers l’ouest, ils auront plus de temps pour s’intensifier et ainsi devenir plus puissants. Mais le changement climatique joue aussi un rôle aggravant : il réchauffe l’océan, ce qui favorise davantage l’évaporation, véritable carburant des cyclones. La littérature scientifique conclut que les cyclones les plus intenses deviennent plus probables dans un contexte où El Niño se surajoute au dérèglement climatique, mais il n’explique pas, à lui seul, la force de Bavi.
Concrètement, en quoi consiste le phénomène El Niño ?
C’est un phénomène qui associe l’océan et l’atmosphère dans le Pacifique tropical. En situation normale, dans le Pacifique, les alizés soufflent d’est en ouest le long de l’équateur. Ils poussent ainsi les eaux chaudes de surface loin des côtes de l’Amérique du Sud, vers l’Australie et l’Indonésie. Mais, de manière cyclique, tous les deux à sept ans, aux environs de Noël – d’où le nom d’El Niño, donné par les pêcheurs péruviens en référence à l’Enfant Jésus –, les alizés faiblissent et les masses d’eau chaude, habituellement maintenues à l’ouest, reviennent vers les côtes du Pérou. Cela déplace les cellules de convection atmosphérique [là où se forment les orages et les précipitations] et, par effet domino, modifie la circulation atmosphérique bien au-delà du Pacifique. On parle de « téléconnexions ». Certaines régions du monde connaissent ainsi davantage de sécheresses ou, à l’inverse, davantage de précipitations.