Énergies renouvelables : la fin du « quoi qu’il en coûte » en Allemagne

Des salariés de Solarbau24 installent des panneaux solaires sur le toit d’un site en construction, près de Marburg, en Allemagne, 6 août 2025.
AFP/Hannes P. Albert

Des salariés de Solarbau24 installent des panneaux solaires sur le toit d’un site en construction, près de Marburg, en Allemagne, 6 août 2025.
AFP/Hannes P. Albert
S’agit-il d’un nouveau tournant, après celui engagé il y a près de quinze ans par l’Allemagne à travers sa fameuse Energiewende (virage énergétique en français) ? Outre-Rhin, les subventions publiques aux énergies renouvelables, censées représenter 80 % du mix électrique en 2030, contre moins de 60 % actuellement, devraient bientôt fléchir. C’est ce qu’a annoncé lundi la ministre de l’Économie, Katherina Reiche. Non par idéologie anti-éoliennes ou anti-panneaux solaires, comme dans les États-Unis de Trump, mais en raison d’un impératif économique pressant : celui de diminuer les coûts pour l’État.
Et pour cause, à force d’incitations, ces installations se sont déployées à vitesse grand V dans le territoire. Résultat, elles « produisent déjà souvent plus d’électricité que nécessaire », a souligné Katherina Reiche, « tout en nécessitant un apport de combustibles fossiles en cas de vent et d’ensoleillement faibles », le soir ou en hiver, par exemple. De son côté, l’Association allemande de l’industrie solaire (BSW) a fustigé le projet, qui « compromettrait les objectifs climatiques et porterait gravement préjudice au secteur, qui emploie environ 150 000 personnes ».
Concrètement, aujourd’hui, la plupart des parcs éoliens et solaires n’obéissent pas aux lois du marché. Pour les protéger des aléas de celui-ci, l’État leur reverse un tarif garanti pendant vingt ans pour chaque mégawattheure produit, de façon invariable, quels que soient les cours réels dans les bourses d’échange. Or, à certaines heures de la journée, ces machines génèrent trop de courant par rapport à la demande. Les prix tombent alors à zéro sur le marché au comptant (dit spot), voire à des niveaux négatifs lorsque des centrales thermiques préfèrent payer pour continuer de produire plutôt que de s’arrêter et d’assumer, a posteriori, des coûts importants de redémarrage.
Et ce n’est une bonne nouvelle ni pour le consommateur, ni pour le contribuable : les opérateurs des champs renouvelables n’ont pas intérêt à s’effacer à ces moments-là, puisqu’ils toucheront dans tous les cas des subventions pour assurer leur rentabilité. De quoi aggraver les pertes des autres producteurs, dans un cercle vicieux qui « entraîne des coûts de système élevés pour les consommateurs » et « nuit à la compétitivité », selon Katherina Reiche.
C’est donc à ce mécanisme, entre autres, que souhaiterait s’attaquer la ministre de l’Économie allemande. « Les prix de l’électricité doivent être basés sur les mécanismes du marché et non maintenus artificiellement bas par des subventions permanentes », a-t-elle insisté lundi 15 septembre.
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Et ce, en s’inspirant notamment du modèle français. Dans l’Hexagone, le régime d’obligation d’achat s’éteindra bientôt. « La loi de finances pour 2025 prévoit de réviser ces contrats pour tous les parcs de plus de 10 mégawatts », soulignait il y a quelques semaines Gilles Bouhyer, directeur général délégué d’Alpiq. « Ils devront s’interrompre en cas de prix négatifs ». En France, c’est déjà le cas pour la grande majorité des parcs solaires qui sont sous contrat avec l’État.
Ces derniers sont toutefois dédommagés pendant les heures coupées. Katherina Reiche, elle, souhaite aller plus loin, en introduisant une obligation de vente directe sur le marché pour les nouvelles installations.
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Plus globalement, ce tournant illustre un phénomène inquiétant : en France comme en Allemagne, la consommation d’électricité reste bien en deçà des prévisions. Outre-Rhin, celle-ci ne devrait pas dépasser 600 à 700 TWh en 2030, selon les dernières estimations, contre près de 750 TWh attendus jusqu’alors. Dans ces conditions, les investissements dans les énergies renouvelables sont mis à rude épreuve, afin d’éviter un gaspillage. Mais alors que les scénarios tablent toujours sur un boom de la demande à moyen terme, afin de remplacer le gaz, le pétrole et le charbon, l’offre devra suivre. L’œuf ou la poule.