Alors que les écosystèmes marins du littoral méditerranéen sont soumis à des pressions croissantes, l’Université de Montpellier lance le projet ADNeIA, reposant sur le recours à l’intelligence artificielle. Son objectif : mieux comprendre ces milieux marins, améliorer l’évaluation de l’impact des activités humaines, et accompagner le développement d’aires marines plus résilientes.Face aux pressions multiples exercées par les activités humaines et le changement climatique, la connaissance de la biodiversité marine est devenue un enjeu majeur. La situation est déjà alarmante : seuls 13 % des espaces marins globaux sont épargnés par la pression humaine, 38 % des stocks halieutiques sont surexploités et, selon le tout dernier rapport de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), d’ici la fin du siècle, un quart des poissons pourrait disparaître des eaux françaises.
Les pertes économiques liées aux dégradations des océans sont, quant à elles, pharaoniques : 2 000 milliards de dollars par an, selon une étude publiée dans Nature Climate Change.
Dans ce contexte, les méthodes traditionnelles d’observation de la biodiversité ne font plus sens, selon David Mouillot, professeur à l’Université de Montpellier et chercheur au sein du laboratoire Marbec.
L’ADN re-largué
« Il faut arrêter les captures au filet utilisées pendant des années pour dénombrer et quantifier la biodiversité, ces méthodes de pêches sont trop destructives, plaide le chercheur. Quant aux caméras sous-marines et aux comptages en plongées, elles restent contraignantes (limitées notamment par les profondeurs, NDLR). J’ai moi-même longtemps navigué dans ces trois méthodes d’investigation jusqu’au moment où on s’est aperçu que le point commun à toutes ces espères marines étaient leur ADN re-largué dans l’eau. »
Dès 2015 a ainsi démarré l’aventure de l’ADN environnemental, avec des résultats spectaculaires - comme la découverte de la présence du requin-ange en Méditerranée - qui ont donné matière à une cinquantaine de publications scientifiques. Onze ans plus tard, cette approche trouve une nouvelle dimension avec l’intelligence artificielle et un projet baptisé ADNeIA, soutenu par l’Agence nationale de la recherche (ANR) dans le cadre de l’appel à projets « Chaire industrielle 2025 ».
Des micro-drones sous-marins
Porteurs du projet, les scientifiques David Mouillot, Laure Velez et Stéphanie Manel en sont persuadés, l’IA va transformer les connaissances sur la biodiversité marine et la manière dont on la protège. Pour collecter les traces biologiques laissées par les organismes dans l’eau, ils vont utiliser les micro-drones sous-marins autonomes du lorientais Seaber, leader dans le domaine. Une première mondiale.
« Face à des drones traditionnels onéreux, entre 300 000 et 500 000 euros, et complexes dans leur utilisation, nous avons démocratisé l’offre en concevant les premiers micro-AUV (Autonomous Underwater Vehicles, NDLR), indique Vidal Texeira, cofondateur de Seaber. Ils sont capables d’opérer jusqu’à 300 mètres de profondeur y compris dans des zones difficiles d’accès comme des canyons profonds ou des sites éoliens, ont une autonomie de huit à dix heures, et un prix accessible de quelques dizaines de milliers d’euros. »