Vêtements, cosmétiques… La France « se tire une balle dans le pied » en interdisant les PFAS, selon le secteur textile

L'interdiction des PFAS sera étendue en 2030 à l'ensemble des textiles.
REUTERS - Sarah Meyssonnier

L'interdiction des PFAS sera étendue en 2030 à l'ensemble des textiles.
REUTERS - Sarah Meyssonnier
« Les Français se tirent une balle dans le pied », selon le président de l'Union des industries textiles (UIT), Olivier Ducatillion. À partir de jeudi, les vêtements, chaussures, cosmétiques et farts pour les skis contenant des « polluants éternels » seront interdits, selon un décret publié ce mardi 30 décembre au Journal officiel.
Conformément à une loi votée fin février par le Parlement, « la fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché » de certains de ces produits contenant des substances per- ou polyfluoroalkylées (PFAS) sera interdite dès le 1er janvier.
Si l'UIT, qui représente 2 200 entreprises (mode, luxe, maison, automobile, aéronautique, etc.), se dit « favorable » à l'interdiction à terme des polluants éternels et a fait part d'un « soulagement », Olivier Ducatillion déplore que la France soit le premier pays à appliquer cette mesure en Europe. Face à « une concurrence mondiale de plus en plus agressive », « il faut une politique cohérente » pour « tous les États membres » d'ici à 2027, plaide-t-il.
L'Union européenne compte mettre sur la table en 2026 une proposition d'interdiction des PFAS dans les produits de consommation courante (boîtes à pizzas, vêtements), assortie d'exceptions pour des secteurs jugés indispensables. Sa présentation avait un temps été évoquée pour fin 2025 mais les négociations sont difficiles avec les industriels.
Ces substances chimiques, prisées notamment pour les imperméables ou chaussures de randonnée car résistantes aux fortes chaleurs, déperlantes, antitaches et antiadhésives, sont extrêmement persistantes dans l'environnement et le corps humain.
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En France, leur interdiction sera étendue en 2030 à l'ensemble des textiles (ameublement, automobile, etc.). En attendant, le décret du ministère de la Transition écologique publié mardi « définit la concentration résiduelle en substances PFAS au-delà de laquelle les interdictions s'appliquent » et liste les exemptions prévues.
Ainsi, les équipements conçus pour la protection et la sécurité des personnes (défense nationale et sécurité civile) et les « textiles techniques à usage industriel » ne sont pas concernés, de même que, en l'absence de « solution de substitution », certains textiles destinés aux usages médicaux.
Pour « les textiles d'habillement et chaussures incorporant au moins 20 % de matière recyclée issue de déchets post-consommation », la présence de polluants éternels est « limitée à la fraction de matière recyclée », ajoute le décret.
Surtout, les produits « fabriqués avant le 1er janvier 2026 peuvent être mis sur le marché ou exportés pendant une durée maximale de douze mois à compter de cette date ».
Dans la famille des « polluants éternels », il en est un qui est particulièrement dans le viseur des autorités sanitaires de l'Europe et de la France : c'est le TFA, ou acide trifluoroacétique. Sur recommandation de l'Anses, le gouvernement français l'a ajouté le TFA à la liste des 20 « polluants éternels » contrôlés dans l'eau potable à compter de janvier 2026.
À Bruxelles, les eurodéputés et les États membres ont de leur côté trouvé un accord pour ajouter vingt-cinq PFAS, dont le TFA, à la liste des polluants à contrôler en priorité dans les cours d'eau. Le Parlement et les Vingt-Sept doivent maintenant approuver cette loi, avant sa transposition dans les pays européens avant fin 2027.
Dans l'attente des résultats de l'expertise européenne sur la toxicité du TFA, attendue pour l'été 2026, la France a retenu, comme l'Allemagne, une valeur sanitaire indicative de 60 microgrammes par litre, « avec un objectif plus protecteur à dix microgrammes par litre », a indiqué le gouvernement.
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Ce polluant éternel est largement utilisé dans l'industrie et dans les « nouveaux produits chimiques utilisés dans les systèmes de chauffage et de climatisation », selon Hans-Peter Arp, professeur en chimie de l'environnement à l'Institut géotechnique norvégien et à l'université norvégienne de sciences et de technologie.
(Avec AFP)