Personnage iconique dans l’histoire de la danse moderne, Martha Graham (1894-1991) ne revendiquait pas par hasard l’influence de la psychanalyse. Fille de médecin aliéniste, cette femme petite par sa taille (1,60m) mais très grande par son esprit vif et libre avait bien compris qu’au centre de sa technique chorégraphique il y avait la psyché, le désir… mieux, le désir féminin. Désir, tel est justement l’intitulé du solo qu’Aurélie Dupont a choisi de dévoiler à l’occasion du centenaire de la Martha Graham Dance Company.
Compagnie de danse américaine toujours active, elle a été créée dans les années 1920 et, forte de 181 pièces chorégraphiques écrites du vivant de Graham, fut à ses débuts une affaire de femmes. Elle n’aura admis des hommes dans sa troupe qu’à partir de 1938. Une chose est sûre, c’est une véritable révolution que provoqua Martha Graham en mettant au point sa propre méthode. Fondée sur un enchaînement de contractions et de relâchements autour du bassin, c’est-à-dire au carrefour de toutes les pulsions nerveuses et respiratoires, cette technique aujourd’hui louée par des générations de danseurs partout dans le monde est, aussi, celle qui a changé la vie d’Aurélie Dupont.
« À 15 ans, confie l’ancienne étoile, je me rappelle avoir eu une révélation en l’apprenant – comme il se doit – à l’École de danse de l’Opéra de Paris. J’ai soudain pris conscience que je pouvais faire autrement avec mon corps, que j’avais bien plus de capacité et de fluidité que je ne l’imaginais dans mes épaules, dans mes bras… » Découvrant là « quelque chose d’extrêmement féminin et gracieux », elle parvient alors à mettre à distance des automatismes acquis dès le plus jeune âge.