L’art lyrique et le ballet ne seraient pas ce qu’ils sont sans le travail minutieux de celles et ceux qui façonnent les costumes. Bienvenue « backstage ».Que serait la méchante Carabosse du ballet La Belle au bois dormant sans la féerie de sa robe ? La délégation espagnole des Brigands d'Offenbach sans ses perruques monumentales inspirées des tableaux de Vélasquez ? La réponse se trouve dans les départements de costumes de l'Opéra de Paris, où des doigts d'or - près de 70 permanents et beaucoup d'intermittents - cousent, teignent, peignent, coiffent ou maquillent les rêves des metteurs en scène et des chorégraphes. Il en faut pour répondre au rythme effréné des productions qui jalonnent une saison : entre 4.000 et 5.000 costumes sortent ainsi des ateliers chaque année.
À l'Opéra Bastille, dévolu au lyrique, des solistes du Barbier de Séville viennent faire les derniers essayages tandis que les ateliers, étonnamment calmes, planchent déjà sur les spectacles de la rentrée. Au total, six productions sont menées en parallèle, ce qui nécessite une organisation quasi militaire.
« Le costume de scène est une pratique encore très artisanale, avec beaucoup de travail à la main », explique Jean-Bernard Scotto, adjoint à la directrice des costumes et chef du service couture à l'Opéra Bastille. Les vêtements sont ainsi façonnés sur mesure où adaptés à la morphologie des interprètes. Par exemple, « pour un wagnérien, généralement plus corpulent, il faudra concevoir les vestes avec un développement au niveau du thorax pour laisser le ventre respirer », précise Karine, couturière à l'atelier tailleur.
Parfois, il s'agira au contraire de transformer la silhouette à l'aide de faux corps, et autres prothèses. Dans tous les cas, point de doublure dans les vêtements mais des rélarges généreuses qui permettent d'agrandir, de rétrécir ou de réparer les pièces lors des reprises de spectacles. Ici, la connaissance de la coupe historique est indispensable : les techniques de la corseterie, du corps baleiné, de la crinoline, du panier, du vertugadin n'ont pas de secret pour les « ateliers flous », habitués à jongler avec les époques. Parfois au sein d'une même production, telle La Bohème de Puccini, où les robes de Mimi d'inspiration Belle Époque côtoient un Rodolphe en combinaison de cosmonaute.