Le New Space européen face au défi financier de la fragmentation

La 5e édition du Sommet aéronautique et spatial de Bordeaux Métropole a réuni plus de 600 personnes à Bordeaux le 25 novembre.
Quentin Salinier

La 5e édition du Sommet aéronautique et spatial de Bordeaux Métropole a réuni plus de 600 personnes à Bordeaux le 25 novembre.
Quentin Salinier
« Emmanuel Macron a déclaré, lors de l’inauguration du Commandement de l’espace, que la France se prépare au combat spatial », a rappelé le général Jean-Daniel Testé, vice-président défense et sécurité chez Agena Space, qui développe des moteurs orbitaux à propulsion liquide. « Cela signifie, derrière, qu’il faut protéger nos moyens spatiaux en orbite qui sont indispensables à la conduite des opérations militaires et plus généralement au fonctionnement de notre société. Il faut donc être mobile et réactif. »
Dans un contexte géopolitique toujours plus incertain, la défense spatiale monte en puissance avec notamment des besoins en satellites de plus en plus nombreux et plus petits mais aussi en images fiables quasiment en temps réel.
Si les entreprises sont déjà à la manœuvre, du côté des instances européennes et des Etats membres, « la prise de conscience de l’évolution du domaine spatial de la coopération vers la confrontation voire le conflit est grandissante », constate François Raffenne, le chef des affaires européennes et OTAN chez ArianeGroup. « La Commission européenne a désormais un commissaire à la défense et à l’espace. C'est un signe. »
Jean-Daniel Testé salue lui-même « un grand pas en avant vers le spatial efficace. Il y a 30 ans, nous devions quasiment nous battre pour chaque renouvellement de satellite. Aujourd’hui, les politiques ont compris l'utilité du spatial pour fonctionner dans la société. » Dans ce contexte, les startups du New Space sont un levier précieux. Elles amènent de l’agilité, des solutions rapides et moins coûteuses, « mais aussi des capitaux privés », insiste Caroline Laurent, directrice des systèmes orbitaux et des applications du Cnes.
L’occasion pour Olivier Piepsz, président de Prométhée Earth Intelligence, dont le projet de satellites d'observation de la Terre est financé à hauteur de 97 % par des fonds privés, de lancer un cri d’alarme. Car si France 2030 a joué un rôle d’accélérateur, les startups du spatial se heurtent aujourd’hui à un manque de financement. « Il y a, en France, peu d’investissement pour passer à l’échelle ». Résultat, « le marché va décider de qui survit ou non. Mais le risque est de voir disparaître des jeunes pousses en partie financées par le contribuable », prévient-il. « À partir de là, comment fait-on ? L’enjeu maintenant, c’est le choix d'une politique spatiale. Les prochains mois seront déterminants », lance Olivier Piepsz.
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Du point de vue de l’autonomie de l'accès à l’espace, le tir inaugural d’Ariane 6 en juillet 2024 a marqué la fin de la crise des lanceurs sur le continent, mais l’Europe est aujourd’hui confrontée à une multiplication des projets.
« Chaque État membre cherche à développer son propre lanceur, mais aussi sa propre constellation, ses propres services, ses propres champions nationaux. Le problème, c’est la fragmentation et la tentation nationale », alerte François Raffenne qui s’interroge : « L’Europe est-elle juste l’agrégation de ces projets nationaux ou au contraire porte-t-elle une ambition véritablement structurée qui permettrait de définir les choix capacitaires qui sont indispensables ? »
La solution, c’est la commande publique européenne. Mais de toute évidence, « il n'y a pas suffisamment de place pour plusieurs petits lanceurs en Europe », souligne-t-il.
De la même façon « les constellations qui permettront une observation en continu, doivent être européennes pour une question de coût », souligne Caroline Laurent. « L'idéal serait d’avoir des constellations payées par l’Europe, fabriquées par des industriels français et lancées par ArianeGroup », sourit-elle. « Mais il faut de l’argent public. »
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Et si pour produire pas cher des objets différents et en grande quantité, le New Space a toute sa place, Caroline Laurent souligne l’importance d’une association des acteurs émergents et des acteurs établis. « Il y a des technologies que ne maîtrisent que les grands », rebondit Olivier Piepsz, pour qui parler de New Space, c'est surtout parler d’une manière de travailler : « J'ai vu Thales, j'ai vu Airbus travailler New Space. Il n’y a pas d’un côté des sociétés New Space et de l'autre des sociétés Old Space. Il y a un intérêt d’unité », insiste-t-il.