La Région Nouvelle-Aquitaine à nouveau contrainte d'adopter un budget en baisse

En 2026, la Région Nouvelle-Aquitaine est contrainte de réduire ses dépenses face à la baisse de ses recettes.
Sebastien Blanquet-Riviere

En 2026, la Région Nouvelle-Aquitaine est contrainte de réduire ses dépenses face à la baisse de ses recettes.
Sebastien Blanquet-Riviere
En Nouvelle-Aquitaine, la croissance démographique est ininterrompue, avec une population qui croît d'environ 0,4 % par an, légèrement au-dessus de la moyenne nationale. Malgré cette attractivité, le conseil régional a voté, en décembre et pour la deuxième année consécutive, un budget en baisse.
Le fléchissement est anecdotique dans les chiffres : -0,7 % par rapport à 2025. L'enveloppe régionale est ainsi affichée à 3,353 milliards d'euros. Mais la symbolique est forte dans un territoire en plein dynamisme qui doit accompagner l'accueil de nouveaux habitants et les mutations sociétales. L'absence de croissance budgétaire crée un certain malaise.
« S'il y avait besoin de moins de lycées, moins de trains, moins d'aides à l'économie, moins de formations, voter un budget en baisse ne serait pas un drame. Le problème, c'est qu'aucun de ces besoins ne diminue, au contraire », montre Sandrine Derville, vice-présidente de la Région, en charge des finances.
Comme les autres collectivités, la Nouvelle-Aquitaine subit le climat de restrictions budgétaires dicté au niveau national, indispensable pour réduire le dérapage des comptes publics selon Bercy. L’État donne moins, et surtout, il prend plus. Le très redouté « Dilico » a quasiment doublé en 2026, passant de 26 à 47 millions d'euros pour sa deuxième année d'existence. Le dispositif diminue les recettes fiscales des régions en promettant d'être reversé partiellement sous cinq ans.
Deux dotations ont été supprimées, relevant de la taxe professionnelle et d'un outil de fiscalité locale (la DCRTP et la DTCE), ce qui ampute le budget de 35 millions supplémentaires. Un nouveau mécanisme de Dotation globale de fonctionnement (DGF) fait baisser les ressources liées à la taxe sur la valeur ajoutée d'environ 30 millions.
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Au total, l'épargne brute de la collectivité est impactée à hauteur de 113 millions par les orientations du projet de loi de finances du gouvernement Lecornu, qui vient d'activer le 49.3 à l'Assemblée nationale. C'est 25 % de plus que ce qui avait été fait sous le gouvernement Bayrou.
En réaction, le vaisseau régional réduit la voilure et sonne aussi le temps des efforts. Les dépenses globales diminuent de 82 millions d'euros. Les autorisations de dépenses nouvelles diminuent même de 99 millions pour ce qui relève du fonctionnement et de 131 millions pour les investissements, qui passent pour la première fois en-dessous du seuil du milliard d'euros.
L'exécutif est dos au mur. « La Région Nouvelle-Aquitaine assume de mobiliser les derniers leviers fiscaux dont elle peut disposer. Cette mobilisation fiscale ne permet pas de compenser les nouvelles mesures proposées par le PLF 2026 », explique la majorité socialiste dans le dossier de presse présentant le budget 2026.
Elle active ainsi un versement mobilité auprès des entreprises du territoire qui abondera les caisses à hauteur de 62 millions d'euros. Le coût de la carte grise augmentera pour les propriétaires de véhicule de l'ordre de cinq euros par cheval. Gain attendu : 15 millions.
Mais cela ne suffira pas. La Région se résout à supprimer 3 500 places en formation professionnelle pour la rentrée prochaine suite à la baisse de l'enveloppe attribuée par France Compétences. Face à la nouvelle hausse des péages ferroviaires (+ 10 millions cette année), elle laissera par ailleurs de nombreux travaux à la charge de l'Etat, propriétaire du réseau. Les transports restent tout de même le premier poste de dépense régional (plus d'un milliard d'euros). Les dotations aux agences régionales diminuent d'en moyenne 4 %, mais la baisse va jusqu'à -25 % pour certaines structures comme la technopole Unitec.
Des chantiers vont être retardés, si ce n'est sérieusement questionnés. C'est le cas du projet de Tonnellerie du futur à Cognac, dont la construction a pourtant débuté, de l'école vétérinaire de Limoges ou encore de la réouverture de la ligne de train qui relie la cité limousine à Angoulême.
« On veut tenir les engagements qu'on a pris. Il est clair qu'en prendre de nouveaux dans le contexte actuel est quelque chose qui se réfléchit beaucoup plus », note Sandrine Derville.
« C'est une erreur économique et politique de la part des gouvernements de réduire les dotations aux collectivités territoriales », opine Yves Jean, président du Ceser de Nouvelle-Aquitaine qui a rendu un avis sur le budget régional. L'assemblée pousse, tout comme les élus, pour une réorganisation des compétences. « On a besoin d’un pays avec plus de décentralisation et qui redonne des moyens financiers. Les collectivités sont trop dépendantes des décisions de l’Etat », ajoute-t-il.
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Et Sandrine Derville d'acquiescer : « Cette réforme fiscale doit préciser les leviers à disposition des uns et des autres, pour permettre aux collectivités d'assumer pleinement leurs responsabilités. Notre territoire est en tout cas volontaire pour expérimenter la prise de nouvelles compétences. » Promis par le Premier ministre fin 2025, l'acte de décentralisation se fait toujours attendre.