Smic : 1,18 % de hausse mécanique, l’exécutif refuse le coup de pouce et maintient la pression sur les entreprises
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Le Smic est le seul salaire indexé sur l’inflation.
Reuters
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Le Smic est le seul salaire indexé sur l’inflation.
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La première échéance de l’année 2026 est fixée : le Salaire minimum interprofessionnel de croissance (Smic) sera revalorisé de 1,18 % au 1er janvier. L’annonce, communiquée par le directeur général du Travail aux partenaires sociaux, confirme une augmentation qui reste strictement contrainte par le Code du travail. L’exécutif a fait le choix de s’en tenir à l’ajustement légal, renonçant à un « coup de pouce » discrétionnaire, le dernier remontant à juillet 2012.
Cette hausse résulte d’une formule d’indexation double. Elle intègre l’évolution de l’inflation pour les 20 % des ménages les plus modestes, projetée à 0,6 % entre novembre 2024 et novembre 2025, ainsi que la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier et employé. Le chiffre final de 1,18 % se révèle d’ailleurs plus faible que les anticipations initiales de certains experts, qui tablaient sur une hausse proche de 1,4 %, signe d’une décélération de l’inflation plus marquée que prévu.
Le refus du coup de pouce gouvernemental suscite l’ire des organisations syndicales. La CGT dénonce une décision qui « enlise les travailleurs et travailleuses dans la précarité ». La CFDT regrette que le Premier ministre ne saisisse pas une année de faible inflation pour accorder une augmentation additionnelle. De son côté, la CFTC juge qu’une revalorisation de 5 % serait « socialement utile et économiquement largement soutenable », et alerte sur l’augmentation du nombre de travailleurs pauvres malgré l’indexation.
La revalorisation de 1,18 % porte le Smic à 1 823,03 euros bruts par mois, soit 12,02 euros bruts de l’heure. Pour un salarié à temps plein, cela représente une hausse de 21,23 euros bruts mensuels.
L’impact réel sur le pouvoir d’achat se chiffre à environ 17 euros nets supplémentaires par mois, soit une enveloppe additionnelle de quelque 200 euros sur l’année. Si cette progression dépasse l’inflation ciblée pour les ménages les plus modestes (0,6 %), son effet doit être nuancé : l’augmentation moyenne des salaires de base dans le secteur privé a atteint 2 % entre septembre 2024 et septembre 2025, alors que l’inflation générale s’établissait à 1,1 %. Cela correspond à un gain réel de 0,9 % en euros constants pour l’ensemble des salariés.
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Il faut cependant souligner le rôle de filet de sécurité joué par le Smic. Grâce à son indexation mécanique, il a progressé de + 17 % entre 2020 et 2025, préservant ainsi le niveau de vie des travailleurs les plus modestes face à la récente vague inflationniste. Cette revalorisation concerne directement 2,2 millions de salariés du secteur privé, représentant 12,4 % de la main-d’œuvre au 1er novembre 2024.
L’augmentation du minimum légal pèse directement sur le coût du travail pour les employeurs. Pour un salarié au Smic, la hausse représente une charge globale d’environ 25 à 35 euros supplémentaires par mois, charges sociales incluses. Bien que modérée, cette pression se fait particulièrement sentir dans les secteurs à faibles marges et forte intensité de main-d’œuvre (sécurité, propreté, médico-social, etc.).
L’enjeu réside dans la « smicardisation », le tassement des grilles salariales. Ce phénomène s’accentue lorsque le Smic progresse plus rapidement que les salaires immédiatement supérieurs, réduisant l’écart de rémunération entre le minimum légal et les premiers niveaux de qualification.
Selon des études menées par Bpifrance Le Lab et Rexecode, 34 % des PME et TPE françaises sont concernées par ce tassement, un effet direct des revalorisations fréquentes liées à l’inflation depuis 2022. Les salariés peuvent ainsi voir leur progression salariale stagner malgré l’ancienneté ou la qualification. Et les entreprises sont contraintes de mettre à jour leurs grilles salariales afin de maintenir les écarts hiérarchiques et d’assurer une reconnaissance tangible des qualifications.
En outre, l’accroissement du Smic affecte les dispositifs d’exonération patronale. L’augmentation du salaire minimum réduit mécaniquement l’avantage de la réduction générale de cotisations (réduction Fillon) pour les employeurs, impliquant une reconfiguration complexe des outils de paie.
La décision du gouvernement de ne pas accorder de coup de pouce s’appuie sur le rapport de son groupe d’experts. Ce dernier justifie cette absence de recommandation par plusieurs facteurs économiques : le ralentissement en cours du marché du travail, le niveau déjà élevé du Smic par rapport au salaire médian national (62,5 % en 2024), et le coût important des exonérations de charges patronales sur les bas salaires.
Sur le plan européen, la France se maintient au sixième rang des pays de l’Union, avec un Smic de 1 802 euros bruts mensuels en 2025, derrière le Luxembourg, les Pays-Bas, l’Irlande, l’Allemagne et la Belgique.
Le ratio du Smic français, qui représente environ 61 % du salaire médian national, est particulièrement notable. Ce niveau, proche de l’objectif de 60 % fixé par la directive européenne, est l’un des plus élevés d’Europe. Il confère au Smic un rôle important de protection contre le phénomène des travailleurs pauvres, offrant une meilleure garantie qu’un certain nombre d’autres pays du continent.
Du point de vue macroéconomique, l’effet d’une hausse modérée de 1,18 % est considéré comme limité et gérable. Une augmentation de 1 % entraînerait une hausse de 0,7 % du coût du travail pour le premier décile de salaire. Bien que certaines études avancent qu’une telle hausse pourrait générer une destruction nette d’environ 2 100 emplois après un an, l’impact de l’augmentation de 1,18 % dans le contexte actuel est jugé maîtrisé. En contrepartie, le léger accroissement du revenu des smicards induit des effets positifs, quoique limités, sur la consommation et l’emploi en stimulant la demande interne. La revalorisation est une mesure d’ajustement qui vise un équilibre délicat entre le maintien du pouvoir d’achat des plus modestes face à une inflation désormais très faible et les inquiétudes persistantes des TPE et PME sur le coût du travail.
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