Aux États-Unis, les grands distributeurs commencent à ressentir la baisse de la consommation. Les ménages, eux, blâment la politique commerciale de Donald Trump. Un mauvais signal un an avant les élections de mi-mandat.
Home Depot, Walmart, Lowe’s… Les grands magasins américains de distribution commencent à s’inquiéter d’une baisse de consommation des ménages américains. Le groupe de magasins de bricolage, Home Depot, a abaissé ses prévisions pour l’ensemble de l’exercice. « Nous pensons que l’incertitude des consommateurs et la persistance de la pression sur l’immobilier affectent de manière disproportionnée la demande », a justifié Ted Decker, le PDG.
Walmart, premier groupe de distribution aux États-Unis, a également publié ses résultats jeudi. Au troisième trimestre, les ventes de Walmart U.S. ont progressé de 5,8% à 120,7 milliards de dollars, tirées par la « dynamique » du commerce sur Internet et par des gains de parts de marché dans les produits alimentaires, de santé et bien-être et les biens de consommation. Le géant de la distribution a néanmoins déclaré avoir constaté un certain recul des dépenses des acheteurs à faibles revenus, en particulier vers la fin du trimestre.
Entre le « shutdown » qui a paralysé l’administration fédérale, et la mise en place de nouveaux droits de douane depuis avril, les Américains ont eu leur lot d’incertitude. Et le moral des ménages a reculé plus que prévu à 50,3 en novembre contre 53,6 le mois précédent, d’après l’enquête mensuelle de l’Université du Michigan. À titre de comparaison, ce chiffre est pire qu’au moment de la crise de 2008.
« L’inflation est en forte baisse », a tenté de rassurer Donald Trump au début du mois. Les derniers chiffres font, eux, état d’une augmentation du niveau des prix de 3 % en septembre, contre 2,3 % en avril.
Si l’inflation a augmenté, elle reste tout de même bien inférieure au seuil des 9 % franchi en 2022. Et pourtant, les ménages américains ne sont pas satisfaits. D’après un sondage d’Ipsos pour ABC News et le Washington Post, sept Américains sur 10 estiment dépenser plus d’argent dans leurs courses que l’année dernière. Une situation imputée par certains Américains à la politique de Donald Trump, qui avait pourtant promis de réduire leur coût de la vie. En effet, 55 % des Américains interrogés affirment que les droits de douane nuisent à la situation financière de leur propre famille.
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Le caractère inédit de la guerre commerciale lancée par Donald Trump rend très incertaine ses conséquences à venir sur l’inflation. Par ailleurs, les salaires ont, eux, augmenté moins vite que l’inflation (soit 2 % en octobre), d’après Bank of America.
Ce ressentiment s’est traduit ces dernières semaines dans les urnes. Les démocrates ont connu quelques succès électoraux notamment dans le New Jersey et en Virginie. À New York, les habitants ont élu ce mois-ci un maire socialiste, Zohran Mamdani, qui a notamment placé le coût de la vie au cœur de sa campagne.
Élections de mi-mandat en vue
L’enjeu est de taille pour les républicains alors que se rapprochent les élections de mi-mandat l’hiver prochain. Pour calmer les prix et surtout les électeurs américains, Donald Trump est revenu sur certains droits de douane visant des produits alimentaires. Parmi les denrées concernées figurent le café, le thé, les avocats, les tomates, les mangues, les bananes ou encore les épices. Des produits qui ne sont pas produits dans le pays. D’après le bureau des statistiques du travail, le café avait augmenté de 12 % au cours des douze derniers mois et les bananes de 7 %.
Le président américain a également relancé le débat sur un versement de 2 000 dollars aux contribuables grâce aux recettes douanières. « Un dividende d’au moins 2 000 dollars par personne (à l’exception des personnes à revenus élevés !) sera versé à tout le monde », a-t-il écrit sur son réseau Truth social le 9 novembre. Mais l’adoption par le Congrès d’un tel projet est plus qu’incertaine
Plus largement, si la consommation américaine ralentit, c’est la croissance du pays qui risque d’en pâtir. Pour rappel, la consommation représente plus des deux tiers du PIB américain.. Et si au premier semestre, la croissance a atteint 1,2 %, c’est l’intelligence artificielle qui en a été le moteur à plus de 1 %.
De son côté, la banque centrale américaine a commencé à baisser ses taux d’intérêt pour stimuler la croissance, en septembre et en octobre. Mais une nouvelle baisse des taux n’est pas garantie en décembre. Les responsables de la Réserve fédérale américaine sont partagés entre leur volonté de canaliser l’inflation (en augmentant les taux ou de les laisser stable) et de soutenir le marché de l’emploi et l’économie dans son ensemble (en les réduisant). Et l’épisode du shutdown n’a pas aidé l’institution dans ses décisions puisque les données officielles sur l’économie américaine (inflation, emploi, …) n’ont pas pu être publiées lors de la paralysie.