GRAND ENTRETIEN. De la Préhistoire à nos jours, l’économiste Pierre-Cyrille Hautcoeur (EHESS) dresse une radiographie monumentale de l’histoire de l’économie française dans un ouvrage de plus de 1 000 pages qu’il vient de codiriger. Spécialiste des crises économiques, il livre un diagnostic précis sur l’état des finances publiques au regard de l’histoire.LA TRIBUNE. Le risque de crise financière sur la dette publique brandi par certains observateurs et politiques est-il réel à court terme au regard de l’histoire et du passé ?
PIERRE-CYRILLE HAUTCOEUR. Le risque de crise financière sur la dette publique est bien plus faible que sur la dette privée. Sur la dette privée, il y a un risque de défaut sur des acteurs financiers bien moins contrôlés que sur la dette publique. Il n’y a jamais à proprement parler de crise financière sur la dette publique. Ce sont avant tout des crises politiques. Il y a des arbitrages à réaliser en fonction des résultats électoraux et des préférences politiques.
Beaucoup d’hommes politiques et d’intellectuels français n’aiment pas l’économie française, dites-vous. À les entendre, l’économie française est toujours en déclin. Comment expliquez-vous cette position d’une partie des élites dans l’Hexagone ?
Ce déclinisme est en partie lié à une vision politique et géopolitique de l’économie française. Comme la France n’est plus une puissance coloniale, certains voient cela comme un déclin. Une autre façon de voir ce changement est que c’est une forme de pacification avec nos voisins. Si le déclin existe, il n’est sûrement pas économique. La France n’a jamais été aussi prospère. Au-delà même du produit national brut par habitant, d’autres indicateurs montrent des progrès importants, par exemple d’espérance de vie ou d’éducation. Vivre riches en bonne intelligence avec des voisins riches est une réussite exceptionnelle.
Sur le plan des finances publiques et de la dette, la position de la France est cependant peu enviable. Quel est votre diagnostic ?
Si on regarde le temps long, de tels problèmes de finances publiques ont été récurrents dans l’histoire de France. En ratio de dette sur PIB, l’endettement de l’État est élevé mais il l’a déjà été plusieurs fois autant ou davantage. Parfois, ces niveaux d’endettement se sont mal terminés. Mais si on prend en compte d’autres indicateurs comme le poids des intérêts de la dette dans le budget, l’État n’a jamais été aussi à l’aise qu’aujourd’hui.