Eurobaromètre : hausse des prix, dette et défiance, le trio de l'angoisse économique française
latribune.fr
Manifestation à Nantes dans le cadre d’une journée nationale de grèves et de manifestations contre le gouvernement et les éventuelles mesures d’austérité, le 2 octobre 2025.
Le nouvel Eurobaromètre met en lumière une anxiété macroéconomique marquée en France. La hausse des prix s'impose comme la préoccupation nationale dominante (36 %), reléguant au second plan la sécurité et l'environnement. La dette publique et la situation économique générale du pays complètent ce podium, installant un lien direct dans l’opinion entre le défi budgétaire et la crise de légitimité politique.
Il y a un an encore, l'environnement, la sécurité ou la situation internationale structuraient le débat public. Aujourd'hui, l'anxiété française se résume à une ligne comptable : la hausse des prix. L'Eurobaromètre paru ce lundi 15 décembre dresse le portrait d'un pays obsédé par son pouvoir d'achat et la santé de ses comptes nationaux. Le coût de la vie s'impose comme la préoccupation nationale dominante pour 36 % des répondants, en progression de trois points.
Ces chiffres révèlent un signal plus macroéconomique que microéconomique. Ce que l'enquête met en lumière, c'est que l'inquiétude pour l'addition au supermarché est désormais agrégée à une peur structurelle pour la santé financière du pays. Juste derrière l'inflation, la dette publique (citée par 24 %) puis la situation économique générale (23 %) complètent le podium des préoccupations. À eux trois, ces marqueurs budgétaires et monétaires mobilisent plus de la moitié de l'opinion. Les Français expriment ainsi que leurs difficultés financières ne peuvent être dissociées de la gestion des finances de l'État.
Du prix de l’essence à la soutenabilité du déficit
Ce basculement témoigne d'une prise de conscience que les difficultés individuelles ne sont pas seulement le fruit de la conjoncture, mais d'un déséquilibre structurel profond. Les Français ne s'inquiètent plus seulement de la taille de leur propre assiette ; ils questionnent la solidité de la table. La dette publique, en particulier, qui occupe une insolente deuxième place, est citée spontanément comme un problème majeur.
Cet indicateur dépasse l'angoisse du quotidien pour traduire une préoccupation d'ordre régalien : la soutenabilité des comptes nationaux. Rappelons que le déficit est estimé à 115 % du produit intérieur brut (PIB) dans le contexte actuel, et ce, malgré une relative stabilité du chômage autour de 5,9 %.
Cette focalisation sur le budget national est d'autant plus saillante qu'elle prend racine dans un contexte politique d’une rare instabilité. La censure du gouvernement Barnier en 2024, suivie de la chute du gouvernement Bayrou en septembre 2025, puis l'arrivée de l'équipe Lecornu, ont fait du défi budgétaire le principal champ de bataille parlementaire. Avec la suspension de la réforme des retraites, la feuille de route du gouvernement sur la réduction du déficit en vue du budget 2026 devient l'unique preuve de sa crédibilité économique et de sa capacité à gérer le long terme.
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Heureux dans ma vie, pessimiste pour le pays
En France, 86 % des sondés se disent « satisfaits de leur vie ». Cet écart significatif entre le confort personnel (être satisfait de son cercle proche, de son emploi stable) et la peur collective (l'inquiétude pour l'avenir économique du pays, la dette des générations futures) est la marque d’une tension qui se paye au prix fort pour les institutions politiques. L’Eurobaromètre révèle une corrélation directe entre l’enracinement de cette anxiété économique et une défiance. La satisfaction à l’égard du fonctionnement de la démocratie en France s’effondre et devient minoritaire, montrant que les difficultés économiques perçues minent la confiance dans les mécanismes politiques.
La France enregistre le niveau de confiance le plus faible envers l'Union européenne, avec seulement 27 %, très loin de la moyenne des 27 États membres (48 %). Ce chiffre, en recul de 15 points par rapport au printemps dernier, signifie une chose simple : l'Union est désormais jugée sur sa capacité à fournir des bénéfices économiques concrets aux ménages, à stabiliser les prix et à redonner du pouvoir d'achat. L'attachement à l'UE comme « projet d'avenir » demeure, mais son efficacité est désormais mise en balance avec l'inquiétude pour les fins de mois.